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Ouverture du camp annexe d’Obernai il y a 80 ans :
une journée pour faire vivre la mémoire

Le CERD et la Ville d’Obernai ont organisé, le 15 décembre dernier, une cérémonie commémorative à l’occasion des 80 ans de l’ouverture du camp annexe d’Obernai.

En février 1942, Heinrich Himmler, chef de la SS et de toutes les polices allemandes, décide de la création et de la mise en place d’une Reichsschule SS (école SS du Reich) en Alsace annexée. Le choix de l’emplacement de l’école se porte sur Obernai, dans le secteur du Château de Hell, pour y installer une SS-Nachrichtenschule (école SS de transmissions). À partir du 15 décembre 1942, face aux besoins de main-d’œuvre, est créé l’Aussenkommando Oberehnheim. Un contingent de 200 détenus du KL Natzweiler est installé à Obernai pour accélérer les travaux de construction et d’aménagement des locaux de l’école. Les détenus du camp annexe d’Obernai réalisent également des travaux dans les communes limitrophes d’Obernai, comme à Ottrott, Boersch, Niedernai ou Dorlisheim. Les conditions de vie sont extrêmement rudes pour les détenus : en 1943 sont organisés de nombreux retours de malades au Revier, l’infirmerie du camp principal. À l’approche des troupes alliées, en août 1944, la majorité des détenus du camp annexe d’Obernai est ramenée au camp principal, en vue de leur évacuation programmée vers Dachau.

Dévoilement de la plaque commémorative qui sera installée en avril 2023 au monument aux morts d’Obernai © CERD-Struthof

Un travail pédagogique autour de l’histoire de ce camp

Trente-deux élèves du lycée Freppel d’Obernai et sept élèves du collège Louise-Weiss de Strasbourg désignés ambassadeurs de la mémoire, ont effectué un travail sur l’histoire de ce camp annexe, en partant à la recherche d’archives historiques, de témoignages oraux ou photographiques. Ils ont ainsi pu suivre le parcours de ces Européens déportés dans la nébuleuse concentrationnaire de Natzweiler. Leur travail permet de mettre en lumière l’existence de cet ancien camp dans la ville d’Obernai, mais également l’ampleur des installations SS présentes sur ce territoire annexé par le IIIe Reich qui est, aujourd’hui, leur lieu de vie.

Lecture pendant la cérémonie d’un texte écrit par les élèves du Lycée Freppel
© CERD-Struthof

Restaurée, l’annexe abritant la chambre à gaz a rouvert

L’annexe abritant la chambre à gaz de l’ancien camp de concentration de Natzweiler a fait l’objet de travaux de restauration. Ces derniers ont démarré en avril 2021 et se sont achevés il y a quelques semaines. Le bâtiment a rouvert au public le 26 novembre 2022, au lendemain d’une cérémonie qui a réuni plus d’une centaine de personnes.

Aujourd’hui, un cheminement mémoriel mène le visiteur à travers cinq pièces du bâtiment. Vingt grandes lames en verre servent de support aux textes de la muséographie. « Les connaissances qui permettent aujourd’hui de présenter cette page particulièrement sombre de notre histoire ont été l’œuvre de nombreuses personnes qui ont réalisé un travail remarquable, pour faire bouger les lignes et nous obliger à nous confronter à ce passé » a rappelé Véronique Peaucelle-Delelis,  directrice générale de l’ONACVG dans son intervention.

Le parcours permet  d’en apprendre davantage sur les expérimentations médicales qui ont été menées dans le camp, et plus particulièrement au sein de ce bâtiment. La muséographie rend également hommage aux victimes tsiganes et juives des professeurs de médecine nazis, en présentant leur parcours de vie et des objets leur ayant appartenu. Un choix qui vise aussi à « les sortir de leur anonymat dans la continuité des travaux réalisés sur leurs parcours de vie par les historiens », ajoute Guillaume d’Andlau, directeur du Centre européen du résistant déporté.

L’un des espaces marquants du bâtiment est sans doute celui dans lequel a été bâtie la chambre à gaz, d’une superficie de 9 m², en avril 1943. Contrairement à celles existant dans d’autres camps de concentration ou dans les centres de mise à mort, cette chambre à gaz n’était pas destinée à l’assassinat de masse, mais à des fins d’expérimentations médicales, notamment sur le gaz phosgène. Elle était la seule aménagée par les nazis en territoire français actuel, alors annexé.

C’est aussi dans cette petite pièce que 86 Juives et Juifs ont été gazés en août 1943, dans le but de constituer une collection de squelettes juifs.

Achevé en novembre 2022, le chantier de restauration s’inscrit dans un plan pluriannuel de travaux de restauration du site de l’ancien camp de concentration de Natzweiler, qui doit s’étaler sur quinze ans.

© JSA

© CSAD MGM

TROIS ANCIENS DÉPORTÉS MIS À L’HONNEUR

100 bougies pour Jean Villeret

Le 11 décembre 2022, Jean Villeret a célébré son centième anniversaire à Alfortville (Val-de-Marne). Cet ancien résistant a été déporté au camp de concentration de Natzweiler, le 7 juillet 1944, comme détenu NN (Nacht und Nebel), à l’âge de 21 ans. Il a également été déporté à Allach, un camp annexe de Dachau, et à Dachau même. C’est là qu’il a été libéré par les Américains, le 29 avril 1945.

Jean Villeret a consacré une partie de sa vie à témoigner de l’enfer concentrationnaire auprès des jeunes générations. Depuis plusieurs décennies, il est un inlassable passeur d’histoire et de mémoire. Sa présence régulière au Centre européen du résistant déporté, site de l’ancien camp de concentration de Natzweiler, notamment lors de cérémonies commémoratives, est le signe d’un engagement en faveur de la démocratie et de la paix.

© DR

Roger Boulanger primé au salon du livre d’histoire de Woippy

En novembre dernier, un hommage a été rendu à Roger Boulanger, 96 ans. Ancien déporté au camp de concentration de Natzweiler et professeur d’allemand à la retraite, il a reçu le Grand prix du livre d’histoire de la Ville de Woippy (Moselle), pour son ouvrage intitulé Un fétu de paille dans les bourrasques de l’Histoire.

Ce récit autobiographique constitue à la fois un témoignage individuel poignant et un outil pédagogique utile aux jeunes générations. L’auteur y analyse finement les réactions de l’homme dans le contexte de la déportation, où survivre est un défi du quotidien.

Plus d’informations sur le site web des éditions Tirésias-Michel Reynaud.

© Jean-Luc Schwab

Les Palmes académiques attribuées à Henri Mosson

© Gérard Mosson

A bientôt 99 ans, Henri Mosson poursuit son travail de mémoire. L’ancien résistant et déporté NN (Nacht und Nebel) est arrivé au camp de concentration de Natzweiler par le convoi du 26 novembre 1943. Aujourd’hui encore, il transmet « aux jeunes générations l’histoire de cette période concentrationnaire » et il les incite « à lutter contre toute forme d’idéologie totalitariste pour la Liberté ».

Dans le cadre de cette transmission intergénérationnelle, des élèves du lycée Carnot, à Dijon, ont ainsi eu la chance de pouvoir échanger avec Henri Mosson, courant novembre. C’est au sein de leur établissement qu’il s’est vu remettre la médaille de commandeur dans l’ordre des Palmes académiques par Pascale Coq, directrice académique des services de l’Éducation nationale de Côte-d’Or.

Conférences hors les murs… et en ligne

Du 4 octobre au 15 décembre 2022, le Centre européen du résistant déporté – Site de l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof a présenté, avec ses partenaires, une série d’événements hors les murs. Le public a ainsi pu participer à des conférences ou à des projections de films dans le Bas-Rhin, notamment.

La diversité des thématiques abordées a permis de s’intéresser, entre autres, à l’attitude des Églises chrétiennes face à la Shoah, à l’histoire du Konzentrationslager Natzweiler, ou encore à la résistance spirituelle de Jean-Paul Krémer.

Certaines de ces conférences ont été filmées. Elles sont disponibles sur la chaîne YouTube du Centre européen du résistant déporté.

Caroline François a donné une conférence sur les Églises et la Shoah.

Fermeture hivernale au Struthof

Le Centre européen du résistant déporté – Site de l’ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof sera fermé les 25 et 26 décembre (fermeture à 13 h le 24 décembre), puis du 31 décembre au 31 janvier.

La réouverture au public est prévue le 1er février 2023.

Plus d’informations sur www.struthof.fr

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