Publication de Elles s’appelaient sur Facebook

Elle s’appelait Rosette Bomblat. ⠀

Née à Paris, dans le 10e arrondissement, de parents juifs venus de Pologne. Le père tient un petit commerce de vêtements rue du Faubourg-Saint-Martin. La mère est couturière. Une famille qui refait sa vie. ⠀En 1940, l’invasion allemande les pousse vers le Sud. Ils reviennent. En octobre 1941, la police se présente pour arrêter le père — il s’échappe à temps, se cache chez des clients en Mayenne. Le 16 juillet 1942, la police française sonne à leur porte.

Rosette fait sortir sa mère par l’accès de service. Sa sœur Sarah et elle sont emmenées. Dans la journée, Rosette est relâchée — elle est née en France, elle est citoyenne française. Sarah, née en Pologne, reste internée. ⠀Quelques semaines plus tard, Rosette escorte sa mère jusqu’à Montsûrs, en zone libre, là où son père est caché. Sa famille est en sécurité. ⠀

Elle aurait pu rester. Elle rentre à Paris. Seule. ⠀

Elle rejoint la « Colonie Scolaire », une organisation clandestine du réseau Amelot dont la mission est de cacher des enfants juifs. Elle les recueille, les déplace, les met à l’abri. ⠀

Au printemps 1943, pour Pessah, elle fait un dernier voyage clandestin jusqu’à Montsûrs pour revoir les siens. Puis elle repart. ⠀

Le 9 juin 1943, la police française l’arrête à Paris. Pas lors d’une rafle. Sur dossier. Son nom figurait sur une liste des membres du réseau Amelot. Elle avait été ciblée. ⠀

Internée à Drancy du 9 au 23 juin, elle trouve encore le moyen d’envoyer une dernière lettre à sa famille. ⠀

Le 23 juin 1943, elle monte dans le convoi n° 55 au départ de Drancy, direction Auschwitz. Elle a 18 ans. ⠀

Son nom reste absent des manuels scolaires. Aucune plaque ne porte son nom rue du Faubourg-Saint-Martin. Celles qui risquaient leur vie à déplacer des enfants dans les appartements de Paris n’ont pas eu de monument. ⠀

Sa mémoire tient à un fil — les archives que son frère Henri a confiées à un musée américain, et une lettre accessible sur une page internet. ⠀

Une lettre dans une base de données. C’est tout ce qu’il reste. ⠀

La mémoire ne se transmet pas toute seule.

Aller au contenu principal