Rachel JEDINAK la gifle maternelle salvatrice.

Son père Abraham né le 28 décembre 1901 à Varsovie quitte la Pologne et ses tracas pour venir à Paris vers 1920. Il s’engage dans la légion étrangère, 2ème bataillon de marche. De profession il est menuisier-ébéniste.

Sa mère Chana ZYTO, née à Kaluszyn près de Minsk le 14 septembre 1900 quitte aussi la Pologne et arrive à Paris.

Certaines circonstances vont faire qu’ils se rencontrent, puis se marient. Le couple aura deux filles : Louise née en 1929 et Rachel en 1934. La famille réside dans un deux pièces, au 26 de la rue Duris dans le 20ème .

la famille, Rachel sur les genoux de sa mère (photo FR3Bourges)

 

Louise à gauche et Rachel  (photo République du centre)

Abraham le père est arrêté le 14 mai 1941 lors de la rafle du billet vert1 après sa convocation à la caserne des Tourelles. Il est incarcéré au camp de Beaune la Rolande2 (Loiret). Il y retrouve un cousin et un oncle de Rachel. Le 28 juin 1942 il est dans le convoi n°5 à destination d’Auschwitz d’où, comme la majorité, il ne reviendra pas.

    photo : archives familiales)

En juin 1942, les lois ou décrets anti-juifs : faire ses courses de 15 à 16 h dans des magasins hélas parfois vides, ne pas utiliser de cabine téléphonique, interdiction des jardins publics et port obligatoire de l’étoile jaune les contrarient. Elles sont victimes de moqueries, d’insultes, je vous laisse deviner lesquelles. Elles ne se sentent pas en sécurité.

mi-juillet 1942 : une rumeur d’une possible rafle antisémite circule. Chana décide d’emmener ses 2 filles chez leurs grands-parents, 15 rue de Tlemcen. Hélas, la concierge les dénonce. La police française vient les récupérer, les ramène rue Duris. La mère Chana est invitée à prendre quelques affaires et à suivre ces policiers qui les accompagnent au centre de regroupement juif 19/21 rue Boyer à La Bellevilloise, étape avant Drancy.

Ils sont nombreux dans ce centre, Chana parle à ses filles et leur demande de profiter de la moindre occasion pour s’échapper. Mais bien sûr elles ne veulent pas quitter leur mère. Quand, quelques instants après une issue de secours, s’ouvre. Chana exhorte ses filles à en profiter, elles hésitent et Chana gifle les 2 filles, qui comprennent le message, et elles s’échappent, le policier de faction ayant eu la délicatesse de tourner volontairement la tête. Une autre fille Léha l’avait déjà fait, cependant son cousin Paul a refusé et a donc été déporté.

Malgré leur jeune, âge 8 et 13 ans, elles réussissent à rejoindre leurs grands-parents.

Chana quant à elle se retrouve à Drancy, pour 13jours.puis le 29 juillet 1942, elle fait partie du convoi n° 12 pour Auschwitz dont elle ne reviendra pas non plus.

1er octobre 1942 : c’est la rentrée des classes. Nous étions 4 ou 5 filles (écoles non géminées à l’époque) de confession israélite. La directrice, personne dévouée, nous demande de suivre la femme de service si celle-ci vient nous chercher. C’est arrivé plusieurs fois, nous étions cachées dans la cave sous l’école.

11 février 1943 : c’est la rafle des « vieillards ». La grand-mère et les 2 sœurs sont emmenées au commissariat du 20ème arrondissement, quant au grand-père, handicapé, il reste seul. Les 3 malheureuses sont enfermées au sous-sol, mais affolées elles crient à travers le soupirail ce qui a pour effet d’alerter les passants. Ces derniers, du moins une partie entre au commissariat manifestant son mécontentement. Les trois prisonnières sont relâchées.

La grand-mère part rejoindre son mari, les deux sœurs par mesure de sécurité sont séparées et hébergées dans différents endroits puis finissent par arriver chez leur oncle et tante.

On leur procurera, sa cousine, de faux papiers, Rachel devient Rolande Sannier jusqu’en 1944, après la libération. Elle part près de Château-Renault dans une famille d’accueil peu sympathique.

Sa sœur Louise était employée de maison chez Mr et Mme Proust pas très loin et a réussi à la faire partir de cette mauvaise famille pour aller chez Mr et Mme Saillard.

Rentrée à Paris, 1 mois avant la libération elle retrouve sa mère, sa sœur et sa grand-mère, le grand-père étant décédé entre temps.

Elle quittera l’école 9 rue de Tlemcen à 14 ans. Se marie en 1955 avec un ancien résistant d’origine polonaise. Ils auront une fille qui leur donnera 2 garçons.

Sa sœur Louise s’était mariée en 1948.

Puis à partir de 1990 elle témoigne dans de nombreux établissements scolaires.

Un livre : « nous n’étions que des enfants » en 2018.

Rachel avec son livre (photo FR3 Bourges)

Distinctions :

Chevalier de la Légion d’Honneur le 18 mars 2020 et Officier le 1er janvier 2021.

Chevalier de l’ordre de la nation et du mérite

Commandeur des Palmes Académiques

Notes :

1°) billet vert : convocation par la police française au commissariat proche des juifs étrangers et de leur arrestation le 14 mai 1941. (3500 à 3700 hommes seront ainsi arrêtés).

 

2°) camp de transit, à 100 km sud de Paris.


Sources : divers sites internet.

Aller au contenu principal