Le gouvernement retoque l’indemnisation des descendants de Malgré-nous : « il y a clairement le sentiment que quelque chose bloque »

 

Roland Schmitthaeusler a confié sa « rage » après l’abandon de l’amendement sur l’indemnisation des descendants de Malgré-nous • © Xavier Ganaye

L’indemnisation des orphelins de Malgré-nous a été supprimée dans le budget 2026 le mardi 27 janvier. Une nouvelle déconvenue pour les descendants de ces incorporés de force pendant la Seconde Guerre mondiale. L’un d’entre eux réagit pour France 3 Alsace, et évoque « une injustice terrible ».

Ils devront donc reprendre leur bâton de pèlerin, et repartir au combat. Les descendants de Malgré-Nous ont appris mardi 27 janvier que le gouvernement avait supprimé du budget 2026 l’amendement sur leur indemnisation. La mesure, pourtant votée au Sénat en décembre dernier, aurait concerné 3 500 personnes en France, les orphelins des incorporés de force d’Alsace et de Moselle pendant la Seconde Guerre mondiale.
Avec une indemnisation de plus de 700 euros par personne, pour un coût estimé à plus de 30 millions d’euros, l’enveloppe a été jugée lourde alors qu’il fallait trouver des moyens de réduire les dépenses pour faire voter le budget. Pour les descendants, c’est la douche froide, alors qu’à l’automne dernier ils avaient enfin eu le droit de voir le nom de leurs aïeux incorporés de force inscrits sur les monuments aux morts.
Nos journalistes ont pu rencontrer l’un d’entre eux. Roland Schmitthaeusler fait partie de l’association des Malgré-nous d’Alsace-Moselle. Son père était maréchal des logis en 1940, et incorporé de force en 1944, soit un an après sa naissance, enrôlé par la SS Polizei. Sa famille apprendra quelques années plus tard, par un courrier de la Croix-Rouge, sa mort au combat, en Biélorussie. Il n’a jamais eu accès à sa dépouille.

Comment avez-vous accueilli la nouvelle de la suppression de l’amendement sur l’indemnisation des descendants de Malgré-Nous ?
Je me suis dit : « Une fois de plus ». C’est bien simple.
Qu’y a-t-il derrière ce « une fois de plus » ?
De la rage. Ça fait 20 ans qu’on se bat. J’étais sûr que ça allait enfin aboutir. On était si près. Et là, on apprend qu’encore une fois, on est retoqués. Liquidés. On ne peut pas s’empêcher de se dire qu’il y a un problème. Le budget, les économies à faire, c’est une fausse excuse. Pour moi, il y a une volonté de ne pas nous indemniser, mais personne ne l’assume.
Pourquoi, selon vous, y aurait-il cette réticence ?
Je ne sais pas. Est-ce qu’il y a une dimension électoraliste derrière tout ça ? Peut-être qu’ils ont peur de remuer des choses chez les gens. En tout cas, chez les descendants, il y a clairement le sentiment, à force, que quelque chose bloque. Et personne n’ose nommer ce quelque chose.

Y a-t-il aussi du découragement ? De la résignation ?
Ah, surtout pas ! C’est aussi la rage de continuer ! On n’a pas fini de se battre, on a encore des arguments, on ne baissera jamais le bras. Mais ce n’est pas facile. Il y a un sentiment d’injustice, surtout quand on voit que d’autres descendants ont eu droit, eux, à des indemnisations : ceux des déportés résistants, ceux des harkis, ceux des victimes de la Shoah. Pourquoi pas nous ?
Sur les plus de 130 000 soldats alsaciens et mosellans contraints d’endosser l’uniforme, 40 000 ne sont jamais revenus, dont 30 000 qui ont péri au combat.

C’est le cas de votre père, que vous n’avez finalement jamais connu. Avez-vous pensé à lui au moment d’apprendre cette suppression ?
Bien sûr. C’est un nouveau coup dur pour sa mémoire. Je me bats pour qu’on la reconnaisse, pour qu’on l’honore à sa juste valeur. Il a sacrifié sa vie pour nous. Ça mérite quand même quelque chose, non ? Autre chose, en tout cas.
Le député LFI Emmanuel Fernandes, l’initiateur de l’amendement, a annoncé qu’il redéposerait un amendement lors de l’examen du budget 2027. Prévoyez-vous de soutenir sa démarche, une nouvelle fois ?Oui. Nous serons toujours mobilisés. Le problème, c’est que plus le temps passe, moins il y aura de descendants. Nous sommes tous âgés de 80 ans ou plus. D’un autre côté, cela veut aussi dire que la mesure deviendra de moins en moins chère. Ils ne pourront plus se cacher derrière l’excuse du coût.

 

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