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BASSIN HOUILLER
Stiring-Wendel : Au Habsterdick, un camp de prisonniers à ne pas oublier
Durant la Seconde Guerre mondiale, à deux pas des habitations de la cité du Habsterdick, des centaines de prisonniers, notamment soviétiques, ont été détenues dans un camp, comme il y en avait d’autres dans le Bassin houiller.

Le camp de prisonniers du Habsterdick à la libération de Stiring-Wendel. Au second plan à gauche, le foyer de la cité, qui servait de casernement et d’infirmerie.DR et Photo RL
« J’ai grandi au Habsterdick, c’est mon quartier de naissance. Enfant, je jouais sur le chantier de construction des immeubles à côté de l’espace Rémy-Botz. Sans savoir qu’il y avait eu un camp ici. Plus tard, ma mère m’a dit que c’était un sujet un peu tabou. » Jean-Marie Lorek ne veut pourtant pas que le camp du Habsterdick tombe dans l’oubli. Pendant la Seconde guerre mondiale, des centaines de prisonniers, principalement soviétiques, étaient détenus ici, tout près des habitations de la cité.
Un silence compréhensible
Marcel Gangloff, historien local, originaire de Stiring-Wendel, revient sur l’existence de ce camp, dont il ne reste aujourd’hui quasiment aucune trace, sinon quelques souvenirs. « Les mauvaises choses, on essaie de les oublier… »
Un fait historique explique aussi ce mutisme : « Le groupe de résistance mosellan Mario était très actif au Habsterdick. Mais, en 1943-1944, tous ses membres, dont son chef Jean Burger, ont été arrêtés, torturés, déportés. Après cela, les gens n’osaient plus trop bouger », raconte Marcel Gangloff.
Les Américains libèrent la ville et découvrent le camp
Il y avait pourtant des échanges entre les prisonniers, qui allaient travailler au puits Simon, et des habitants. Quand ceux-ci leur donnaient un peu de nourriture, ils recevaient un petit cadeau en guise de remerciement. Des prisonniers fabriquaient eux-mêmes ces cadeaux, avec des objets qu’ils récupéraient.
Les conditions de vie de ces prisonniers étaient évidemment très difficiles. L’histoire de la libération de Stiring-Wendel, du 3 au 13 mars 1945, l’atteste. A l’occasion du 40e anniversaire, Marcel Gangloff avait publié une brochure, dans laquelle il a repris le récit des troupes américaines qui ont mené l’assaut sur la ville depuis la colline du Kreutzberg. En voici un extrait.
« Les prisonniers peuvent à peine tenir debout »
Nous sommes le lundi 5 mars 1945 : « A 8 h du matin, le major Buford E. Boyd, commandant du 2e  bataillon, signale environ 250 hommes en marche vers les lignes américaines. Les soldats croient tout d’abord à une importante contre-attaque allemande. Très vite, ils se rendent compte que ces hommes ne sont pas armés. “Ils s’étirent sur des centaines de mètres tout le long de la route de Metz, raconte le sergent James Wilson. Ils titubent comme s’ils étaient ivres. Certains s’écroulent puis se relèvent péniblement. Nous découvrons qu’il s’agit de Russes évadés d’un camp de prisonniers situé aux limites de la ville. Ils n’ont rien mangé depuis plusieurs jours et sont si faibles et si amaigris qu’ils peuvent à peine se tenir debout”. »
Tués par les dernières rafales allemandes
Certains de ses prisonniers sont encore tués ou blessés par les dernières mitrailleuses allemandes, qui font face aux Américains. Un quart d’heures plus tard, ces derniers investissent et libèrent le camp du Habsterdick. « C’est dommage qu’il n’y ait pas de stèle pour rappeler ce qu’il s’est passé ici », conclut Jean-Marie Lorek.
Au camp du Habsterdick, les soldats américains découvrent 951 prisonniers. Des Russes, mais aussi des Polonais, Italiens et Français.
LE REPUBLICAIN LORRAIN