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Blessure………à vie.
J’ai toujours été Pupille de la Nation Orpheline de guerre : Orpheline à un an, pupille de la Nation à 2 ans.
Vers l’âge de 5-6 ans je savais qu’un malheur était arrivé dans ma famille. Je le sentais autour de moi comme s’il suintait par tous les pores de ma peau. Oui, je savais. Mon père était mort depuis toujours et pour toujours. Pas mort d’accident ou des suites d’une maladie. Non, il avait 25 ans et il était en pleine santé.
Il a été tué, quelqu’un a tiré sur lui pour le tuer. Ces mots tournaient dans ma tête comme une monstruosité susceptible de ne m’attirer que commisération.
Alors je suis devenue muette. A l’école je travaillais bien mais l’institutrice me disait « passive » (ah ! la psychologie d’autrefois). J’avais perdu toute confiance en moi. Puisque une telle injustice venait de me frapper c’était certainement que je l’avais méritée. J’étais mal dans ma peau.
Mon père avait été inhumé en Auvergne où vivait ma mère. Cinq ou six ans après la mort de son fils, ma grand-mère vint pour la première fois se recueillir sur la tombe de mon père. Elle avait déjà perdu un fils, asphyxié puis brûlé dans une casemate sur la ligne Maginot, en Juin 1940 et qui était inhumé dans le carré militaire dau cimetière d’Haguenau.
Nous étions en 1950 et pour elle qui n’avait jamais quitté son village de Lorraine, venir en Auvergne c’était une véritable expédition.
Je suivais jusqu’au cimetière, le cortège que faisaient maman, ma grand-mère, mon frère. J’avais 7 ans.
Nous venions régulièrement dans ce cimetière, mais ce jour- là, un long sanglot secoua le corps de ma grand-mère et l’enfant que j’étais en fut bouleversée.
Une aiguille a transpercé mon cœur.
Pendant la journée maman travaillait. Le soir, tandis que nous dormions, mon frère et moi, elle écoutait souvent la radio. Elle n’allumait pas la lumière et je la revois encore aujourd’hui, dans le noir, seule, triste. Pourtant elle était jeune, elle était belle.
Je montais alors dans ma chambre, l’aiguille était dans mon cœur.
Papa, je suis allée partout où tu es passé. J’ai suivi tes pas à Auch où tu étais dans l’armée d’armistice, attendant de reprendre le combat et cachant des armes dans les montagnes pyrénéennes. J’ai vu la caserne Lannes où tu es resté pendant deux années.
J’ai vu la maison en Auvergne, où tu vivais avec maman, si dangereusement, alors que tu étais officier de renseignement dans la Résistance. J’ai vu le fossé où ton corps ensanglanté, criblé de balles a été jeté …. Papa, rien n’est plus vivant que ton souvenir.

Françoise Mazet
Présidente Délégation du Jura (39)
Lons le Saunier le 12 Mars 2016