MARS par Stéphanie RAMOS
Mars, dans la littérature française, n’est jamais un simple mois : il est un élan, une déchirure, une montée de sève dans les phrases. Les écrivains l’ont abordé comme on écoute un souffle nouveau, encore fragile mais déjà irrésistible. Chez Rimbaud, mars est un cri de jeunesse : dans Sensation, il marche « sous le ciel, Muse ! » et l’on sent dans ses vers la vibration d’un printemps qui s’ouvre comme une blessure lumineuse. Victor Hugo, lui, fait de mars un mois de lutte et de renaissance : dans Les Châtiments, il évoque ces jours où « le vent de mars secoue les rameaux » comme un peuple qui se réveille. Dans Les Misérables, c’est encore en mars que les rues de Paris frémissent, que les idées se soulèvent, que les destins se croisent sous un ciel en mouvement.
Chez Colette, mars devient un mois sensuel, presque animal : dans Les Vrilles de la vigne, elle décrit les jardins qui s’ouvrent, les parfums qui montent, les bêtes qui sortent de leur torpeur, et l’on sent dans sa prose la caresse d’un soleil encore timide. George Sand, dans La Petite Fadette, peint un mars paysan, où les champs se défont de l’hiver, où les ruisseaux débordent, où les amours naissent comme les premières fleurs. Même Zola, dans Germinal, fait de mars un mois de tension : la terre se réveille, les hommes aussi, et l’on entend dans le sol comme dans les cœurs un grondement sourd.
Mars est aussi un mois de poésie intérieure. Apollinaire, dans Alcools, évoque ces jours où la pluie de mars tombe « fine et légère », comme un voile posé sur les souvenirs. Verlaine, dans Romances sans paroles, laisse glisser une mélancolie douce, une lumière pâle qui ressemble à ces matins de mars où l’on ne sait pas encore si le printemps va tenir sa promesse. Julien Gracq, dans Le Rivage des Syrtes, fait de mars un mois d’attente, un moment où tout semble prêt à basculer, où le monde retient son souffle.
Et puis il y a Proust, pour qui mars est un mois de réminiscence : dans À la recherche du temps perdu, les premières aubépines, les premières odeurs de terre mouillée, les premiers soleils obliques réveillent des mondes enfouis. Chez lui, mars n’est pas seulement un changement de saison, mais un changement d’être.
Ainsi, dans la littérature française, mars apparaît comme un mois de passage, un mois d’élan, un mois où la vie recommence à battre plus fort. Il porte en lui la promesse du renouveau, mais aussi l’inquiétude de ce qui s’annonce. Les écrivains l’ont peint avec des couleurs vives ou des teintes brumeuses, mais toujours avec cette intuition que mars est un seuil : celui où l’hiver se défait, où le printemps s’invente, où l’âme elle-même se remet à respirer. Mars est un mois qui avance, qui pousse, qui ouvre. Un mois qui ressemble à une phrase qui s’élève, à un poème qui s’éveille, à une vie qui recommence.

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