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René Le Jeune, 87 ans, est descendant de la famille de Gourvily assassinée par les troupes nazies en août 1944. Ce vendredi 5 août 2022, à 10 h 30, une commémoration est organisée à la boulangerie du Stangala à Gourvily, à Quimper (Finistère).

René Le Jeune tenant le portrait des membres de sa famille assassinés par les nazis, peu avant la Libération. | OUEST-FRANCE

Ouest-France  Carla PLOMB

Sur la table de la véranda de sa maison à Quimper (Finistère), les documents d’archive s’empilent. Le travail de mémoire effectué par ce descendant de la famille Le Jeune est présent dans tous les recoins de la maison. Dans les armoires, des livres de guerre, des documents administratifs, des échanges de lettres et des photos de famille. Le poids du temps se lit sur le visage de cet homme de 87 ans, dont le combat n’est pas achevé.

« Ce n’est pas remuer le couteau dans la plaie »

Le 5 août 1944, sous prétexte que la famille Le Jeune aurait ravitaillé des hommes des Forces françaises de l’intérieur (FFI), la maison des grands-parents est incendiée. Lorsque les quatre membres de la famille présents tentent de s’échapper, ils sont fusillés par les nazis, quelques jours seulement avant la Libération.

René est l’un des descendants de la famille. Son grand-père, sa grand-mère, sa mère et sa tante sont les victimes du drame de Gourvily. Alors âgé de 10 ans, il se souvient de tous les détails de cette tragique journée. Depuis, il se bat pour faire reconnaître sa famille comme morte pour la France.

Parmi les photographies, une de la commémoration de 2014, réunissant les enfants de la famille. Y est inscrit « famille Le Jeune, victimes de la barbarie nazie et de la bêtise humaine ». Les enfants ont bien grandi, mais séparément. « Nous avons été séparés en 1944, on ne s’est retrouvés qu’en 1955. Certains commençaient alors à se marier. »

Des combats toujours actuels

Dans ses classeurs, les articles de journaux sont précieusement conservés, sous plastique. Dans les livres, les passages importants et abordant l’épisode sont surlignés d’une couleur fluorescente. « Pour certains membres de ma famille, c’est remuer le couteau dans la plaie, c’est trop douloureux à évoquer. Mais je ne veux pas que le souvenir disparaisse, c’est un devoir de mémoire. »

René se rappelle douloureusement de son combat pour inscrire le nom des membres de sa famille sur le monument aux morts à Quimper. Refus de l’ex-maire, Bernard Poignant, dont il se souvient encore. « Le devoir de mémoire à Quimper diminue. Il restera des écrits, mais pas les souvenirs… Alors il faut se battre pour obtenir satisfaction. »

Une commémoration à Gourvily le 5 août 2022

Pour continuer à défendre la mémoire, René fait partie de l’association des orphelins de Déportés, Fusillés, Massacrés de France, Militants de la Mémoire. Elle tente de « faire justice pour les orphelins de guerre, car ils n’ont pas tous gain de cause, encore aujourd’hui ». Au sein de celle-ci, il s’occupe des archives et est également porte-drapeau.

En 1994, pour les 50 ans du drame, une plaque est apposée sur la maison, listant les noms des quatre victimes. Simultanément, la toute première commémoration a lieu.

Ce vendredi 5 août 2022, l’association organise la commémoration, à 10 h 30, à la boulangerie du Stangala. Le verre de l’amitié sera servi au placître de la chapelle Ty Mamm Doué, dont René Le Jeune a été président honoraire durant 16 ans. Il invite les « associations patriotiques » à venir.

Comme nous toutes et tous René Le Jeune se bat pour obtenir ce à quoi il a droit !

Malou Lorenzon