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L’ouverture désormais autorisée de certaines archives en lien avec la guerre d’Algérie ravive le souvenir de Jean-Claude Rousseau, de Saint-Martin-la-Rivière (Vienne), disparu là-bas en 1962.

Depuis décembre dernier, la France a rendu consultables toutes les archives publiques produites dans le cadre d’affaires relatives à des faits commis en relation avec la guerre d’Algérie entre le 1er novembre 1954 et le 31 décembre 1966.

« Nous pensons notamment aux disparus, à ces hommes et ces femmes, civils et militaires, dont la trace a été perdue. Pour eux, le travail historique et d’ouverture des archives doit se poursuivre », a notamment déclaré Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des anciens combattants.
Un télégramme informant de la disparition du jeune soldatL’un de ces hommes, évoqués par la ministre, était originaire de Saint-Martin-La-Rivière, l’un des villages de Valdivienne. Jean-Claude Rousseau a disparu en Algérie dans la nuit du 1er au 2 juillet 1962. Les archives de la mairie de Valdivienne conservent des documents qui concernent cette affaire.

Parmi eux, de nombreuses copies de courriers de Fernand Rousseau, le père de Jean-Claude, et de Maurice Nallet, le maire du village, adressés à la Croix-Rouge, au général De Gaulle, au chef de corps du régiment et les réponses de ces derniers. Il y a aussi un télégramme du préfet de la Vienne, en date du 10 juillet 1962, informant le maire de la disparition du jeune soldat.

“L’espoir d’un retour du fils unique”

« L’inquiétude fut immense au sein de la famille, et l’interrogation également, se souvient Claude Villeger, cousin de Jean-Claude Rousseau, il y a eu aussi cet espoir d’un retour du fils unique, et ce, jusqu’au bout de la vie des parents ». Mais qu’a-t-il pu se passer ?

Le première classe Jean-Claude Rousseau, né à Saint-Martin-la-Rivière, va avoir 22 ans le 9 décembre 1962. Ses parents sont agriculteurs. Comme beaucoup de jeunes Français de cette époque, il doit quitter son village pour partir « à la guerre » en Algérie, en tant qu’appelé du contingent.

“Jours d’angoisse”

Dans un premier temps il est affecté en mars 1961 au 3e bataillon du 6e régiment d’infanterie, puis dans une unité de la Force locale qui vient d’être créée, constituée à 90 % par des militaires français de souche nord-africaine (1).

Dans une lettre adressée à la famille et datée du 14 juillet 1962 le chef de bataillon (CB) De Franclieu écrit « au milieu des jours d’angoisse que vous vivez avec votre famille, je voudrais vous donner quelques indications concernant la disparition de votre fils. Le 1er avril 1962 sa compagnie implantée dans le village de Reibell est configurée en une unité de forces locales. Le 4 juin, cette dernière fait mouvement sur Alger, en laissant à Reibell une base arrière composée d’une trentaine d’hommes, dont votre fils (2) en tant que cuisinier. Le 2 juillet, dans la nuit, cette unité désertait vers l’armée de libération nationale (ALN) en emmenant votre fils, des démarches entreprises immédiatement sont pour l’instant restées sans résultat ».
Des recherches, en vainPuis, le 25 juillet, le CB De Franclieu écrit à nouveau. « Les contacts que j’ai pris avec diverses autorités n’ont malheureusement pas abouti du fait, notamment, de la demie anarchie qui règne à l’heure actuelle en Algérie. »

De son côté, à la demande du maire Maurice Nallet, la Croix-Rouge fait aussi des recherches, en vain, mais « avec espoir que les récentes déclarations du gouvernement algérien permettront d’obtenir des renseignements sur nos malheureux disparus. »

Les mois passent et, malheureusement, il faut se rendre à l’évidence, Jean-Claude Rousseau ne reviendra pas (3), pas plus que son camarade Albert Moreau et son chef de base arrière, le lieutenant Benhabib qui paya sa fidélité au drapeau français. Tous sont peut-être enterrés quelque part à proximité du lieu de leur sacrifice, là-bas à Reibell.

(1) Après le 19 mars, proclamation du cessez-le-feu, dans le cadre de nouvelles dispositions, une unité dite de la force locale propre à l’Algérie, placée sous l’autorité de l’exécutif provisoire, est mise sur pied pour assurer le maintien de l’ordre.

(2) Et le 1re classe Albert Moreau originaire d’Aigurande (Indre), lui aussi disparu.

(3) Un jugement du tribunal de grande instance de Poitiers en date du 18 juin 1963 acte le décès de Jean-Claude Rousseau qui est déclaré mort pour la France. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Saint-Martin-la-Rivière. 

Une démarche mémorielle

Un arrêté interministériel publié en décembre au Journal officiel ouvre les archives judiciaires françaises « en relation » avec la guerre d’Algérie avec quinze ans d’avance sur le calendrier légal. Initialement, cette échéance devait s’étaler entre 2029 et 2037. Sont concernées « les enquêtes de police judiciaire » et « les affaires portées devant les juridictions ».

Cette décision a été prise par la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, celle-ci souhaitant s’inscrire dans la démarche mémorielle voulue par le président de la République, Emmanuel Macron. Au départ de cet arrêté, il y a également le rapport de l’historien Benjamin Stora sur la réconciliation franco-algérienne des mémoires, remis au chef de l’État début 2021, qui préconisait notamment un meilleur accès aux archives de cette période afin d’« aller vers plus de vérités ».