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 Le Républicain Lorrain      METZ

0livier JARRIGE

 

Quatre souterrains partent de la rue des Tanneurs. Photo RL/Gilles WIRTZ

Il existe sous la vieille ville de Metz sept souterrains, tous creusés sur ordre des nazis entre l’automne 1943 et août 1944. Sept, c’est beaucoup, assez pour aiguiser la curiosité des fans de la Seconde Guerre mondiale. Un guide-conférencier a trouvé leur raison d’être. Mais il reste des réponses à trouver…

 Il existe sept souterrains nazis sous la vieille ville de Metz. Ça vous épate, hein ? Si vous n’êtes pas de Metz, vous vous dites forcément : « Quoi, et je n’étais pas au courant ? » Ou bien : « C’est un fake ? » Eh bien, non. Non, ce ne sont pas des rumeurs, de belles histoires qu’on fait mousser, parce qu’on sait que le public en sera friand, surtout avec l’adjectif « nazi » en prime. Oui, les   bases de cette affirmation sont exactes. Bon, maintenant qu’on vous a bien appâtés, comme les faux explorateurs de Mamytwink, voici ce qu’on sait sur ces souterrains, et ce qu’on ne sait toujours pas – autrement, ce serait un peu décevant, non ? • Où sont­ ils ? Six des sept tunnels obéissent à une logique simple : ils partent de part et d’autre de la colline Sainte-Croix, la vieille ville de Metz. Deux à l’ouest, au bord de la Moselle, du côté de la rue des Piques pour l’un, rue Coffe-Millet, pour l’autre. Quatre autres depuis la rue des Tanneurs, côté est. Le septième, lui, part bien plus au sud, sous les Régates exactement, en direction du tribunal. • Peut-on les visiter ? Hum… Les entrées de six d’entre eux sont bouchées, murées. Il faut dire que ces tunnels-là se sont effondrés au bout   de quelques dizaines de mètres, notamment aux Tanneurs. Creusés en hiver, les sols étaient gorgés d’eau, rien n’a tenu. Un seul a dépassé les 100 mètres, celui de la rue des Piques. Il   s’arrête au pied d’un mur, bâti à la hâte. La Ville de Metz en possède la clé. •  A quoi servaient-ils ? Il a fallu les recherches de Georges Jérôme, guideconférencier  chez Ascomémo* , pour comprendre leur usage. Ces tunnels ont été creusés sur ordre de la Luftschutz, l’organisme de protection civile contre les raids aériens. Cela fait partie d’un ensemble de galeries et d’abris, d’un coût global de 5 millions de Reichsmarks, payés par la Ville de Metz. Le Reich, mauvais payeur, lui en a remboursé 900. 000.

  • Quand ont-ils été creusés ? Les travaux ont débuté en novembre 1943, pour s’achever en août 1944. A cette date, les militaires ont pris le pouvoir, la protection des civils est devenue secondaire. Les tunnels ont été creusés par des entreprises locales, avec l’aide de prisonniers soviétiques.
  • Quelles questions se posent encore ? Même si le point de l’usage est résolu, bien des interrogations restent en suspens. Pour commencer, il suffit de regarder un plan pour se questionner : ces tunnels devaient-ils se rejoindre sous la vieille ville ? Pourquoi les corridors étaient-ils si étroits ? Celui de la rue des Piques peut contenir une petite centaine de personnes… A-t-il seulement servi ? Et surtout, pourquoi en construire un depuis les Régates, assez loin du tribunal ? Pourquoi ne pas le faire partir du square Boufflers ? Pour répondre à ces interrogations, il faudrait un vrai travail d’archéologue. Mais dans la région, les vestiges de la Seconde Guerre mondiale sont si nombreux…

* Association pour la conservation de la mémoire en Moselle, dotée d’un tout neuf musée de la guerre, à Hagondange.

Un travail d’archéologue

Ce souterrain commence rue des Piques (depuis la cour de la ville de Lyon). Photo RL/Gil/esWIRTZ