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Le Républicain Lorrain

FRANCE MONDE

HISTOIRE

Le pape fait de Robert Schuman un << vénérable >>

Aurélien POIVRET

                                                                                   Robert Schuman. Archives AFP

 L’ancien ministre et architecte de la construction européenne Robert Schuman a été élevé au rang de<< vénérable >> par l’Eglise catholique. Un geste fort, voulu par le pape François, pour une grande figure de l’histoire du Grand Est. Robert Schuman va-t-il devenir un saint de l’Eglise catholique ? La première étape a été franchie par le pape François, qui a fait de l’ancien ministre des Affaires  étrangères  un «  vénérable »,   reconnaissant ses « vertus héroïques de serf de Dieu ». Le décret papal, qui date du 19 juin dernier, est la première étape vers le statut de bienheureux – par la béatification -, puis de saint – par la canonisation -. Mais rien ne dit que la procédure ira jusque-là.

Né allemand au Luxembourg, à l’époque où l’Alsace­ Moselle est annexée par l’Allemagne, Robert Schuman envisageait d’entrer dans les ordres au sortir  de la Grande Guerre, mais un chanoine lui a conseillé de se tourner  plutôt  vers  la députation. Catholique  pratiquant, il a été, avant 1914, le président de la Fédération des associations de la jeunesse catholique au diocèse de Metz – celui-là même qui a établi le dossier aujourd’hui validé par François. Devenu député français de la Moselle en 1919, il siégera au palais Bourbon pendant plus de 22 ans sous la IIIe République, et votera les pleins pouvoirs à Pétain en 1940. Une tache qui lui vaudra d’être frappé d’inéligibilité en 1945. Une sanction que le général de Gaulle lèvera, permettant à Robert Schuman de devenir le ministre des Affaires étrangères de larve République qui rentrera dans les manuels d’histoire – avant de donner son nom à de nombreux établissements scolaires, boulevards et rues partout en France.

  • << Serviteur de Dieu >> et << pèlerin de la paix >>

Nommé au quai d’Orsay en 1948, il est l’un des personnages centraux de la réconciliation franco­ allemande et de la construction européenne, avec sa déclaration, le 9 mai 1950, dans laquelle il jette les fondements de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (Ceca), qui engendrera l’Union européenne.

« La foi a nourri et soutenu son engagement à œuvrer pour une Europe unie et réconciliée », écrit Vatican News, qui présente Robert Schuman comme un « serviteur de Dieu» et un« pèlerin de la paix».

  • << Père de l’unité de l’Europe >>

C’est cette main tendue du« Père de l’unité de l’Europe» à l’ennemi historique que l’Eglise catholique veut célébrer par ce titre de «vénérable». C’est peut­ être, aussi, une façon pour le pape François de remettre du religieux dans la politique – ou de la politique dans le religieux -, à l’heure où les débats autour de la laïcité se succèdent en France et où la sécularisation des sociétés est questionnée un peu partout dans le monde. Ministre d’un Etat laïc, Robert Schuman a toujours été guidé par« l’obéissance aux commandements de Dieu et aux lois de l’Eglise», appuie Vatican News.

Le nouveau« vénérable» mosellan était devenu en 1919 le député d’un département qui retrouvait la France, en gardant – comme l’Alsace – le régime de Concordat qui le liait au Vatican, sans séparation des Eglises et de l’Etat Un statut qu’il a vigoureusement défendu à l’époque. Et qui prévaut encore aujourd’hui.