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LE REPUBLICAIN LORRAIN  8 mai 2021

Moselle

SARREBOURG

Quand le 1er régiment d’infanterie entrait en résistance

M.G.

En septembre, chaque année, une délégation du 1 er régiment d’infanterie part à Saint-Amand-Montrond pour commémorer la résistance du Berry. Photo 1er RI/James GIL-SANZ

L’histoire reste méconnue en Moselle-Sud, sauf des aficionados de l’armée. Mais durant la Seconde Guerre mondiale, le 1er régiment d’infanterie, aujourd’hui stationné à Sarrebourg, est entré en résistance. Une histoire que l’on se devait de vous raconter en ce 8 mai.

 22 juin 1940, le maréchal Pétain signe l’armistice avec l’Allemagne du IIIe Reich. La stratégie de la Blitzkrieg a mis à terre l’armée française, en quelques semaines à peine. Engagé dans les combats aux alentours de Gembloux (Belgique), le 1er RI (régiment d’infanterie) a essuyé plusieurs défaites, qui l’ont obligé à se replier, non sans pertes humaines et matérielles après avoir, entre autres, défendu Lille, et Dunkerque.

Les militaires défaits réussissent alors à sauver le drapeau du plus ancien régiment de la chrétienté fondé en 1479, symbole absolu autour duquel les hommes font corps.

  • Entrée dans l’armée de Vichy

Le fief du 1er RI étant en zone occupée, à Cambrai (Nord), c’est à Saint-Amand-Montrond (Cher) qu’ils auront désormais leurs quartiers. Le 1er RI stationne à proximité de la ligne de démarcation. Il reste sous le contrôle du gouvernement de Vichy . Mais au début du mois de novembre 1942, les troupes alliées débarquent en Afrique du nord, la Wehrmacht envahit alors la France libre. La sentence tombe : l’armée doit être dissoute. Dans la cour du 1er RI, le colonel René Bertrand, arrivé en avril 1942 à la tête du régiment, préside une cérémonie lugubre le 28 novembre. « Pour la première fois, après quatre siècles d’existence,[…] le “Premier de Ligne” doit cesser d’exister», lâche-t-il.

  • La clandestinité

Alors que des inventaires sont engagés pour récupérer matériel et armes des régiments, le colonel Bertrand, aidé par ses hommes les plus fidèles, réussi à faire détourner des armes, des munitions, des équipements (vêtements, etc.) qui seront cachés.

Désormais, une partie des hommes repart vers le Nord, dans leur famille. Consigne leur est donnée de trouver un travail, de se fondre dans la société, et d’attendre «  en restant en contact» avec le 1er  RI.  A  Saint-Amand-Montrond, des cadres restent sur place et vont jouer un rôle crucial. Certains obtiennent des postes d’importance, au STO (Service du travail obligatoire), chez les scouts, dans les chantiers de jeunesse… Postes qui s’avéreront utiles pour organiser la Résistance. Le colonel René Bertrand devant repartir à Paris, il organisera la coordination avec l’Ora (Organisation de résistance de l’armée), et les autres forces de résistance. Dans le Cher, le commandant Pierre Rauscher coordonne un groupe de 17 hommes, entrés dans la clandestinité, qui sera chargé de récupérer  et de cacher les armes parachutées, de faire du renseignement, etc.

Mais les Allemands se méfient. La Gestapo organise des vagues d’arrestations. Après avoir échappé à plusieurs d’entre elles, le colonel Bertrand entre dans le Maquis fin 1943. Le commandant Pierre Rauscher n’aura pas cette chance. Le 10 décembre 1943, il est arrêté, torturé, avant d’être transféré  au  camp  de concentration d’Orianenburg-Sachsenhausen, puis à Buchenwald. Le 23 avril 1945, malgré la libération de la« colonne de la mort» près de Wetterfeld, il ne sera pas retrouvé.

Dans la campagne berrichonne (Indre et Cher), la résistance du 1er RI s’organise malgré tout. Des actions de guérillas sont menées, mais l’heure de la Libération n’a pas encore sonné. En effet, tous attendent  les ordres en vue du Débarquement. En mai 1944, le général Georges Revers, chef de l’Ora, donne ses instructions, avec l’application du Plan vert. L’objectif assigné est de détruire les infrastructures de transport et de communication, avant de lancer des assauts sur des routes une fois les armements suffisants.

  • La renaissance

 Le 21 juillet, le colonel Bertrand prend la tête du commandement de la Résistance dans le sud du Cher. Il disperse ses unités dans les lisières et bordure de terrain. 1 800 hommes sont désormais réunis et porte le blason au lion du 1er RI. Le 14 août 1944, il annonce l’engagement  de la lutte ouverte : «  Aujourd’hui regroupé autour de ces équipes, le Premier de Ligne revit et combat.» Les compagnies mobiles sont embusquées dans la campagne berrichonne, et harcèlent les troupes allemandes qui se replient, en attaquant en divers points des convois. En septembre 1944, ils obtiendront la reddition de la colonne d’Elster ( lire par ailleurs). Ils participeront aussi à la libération de Bourges (12e compagnie) et Royan entre autres, avant de partir vers l’Allemagne.

Pour son œuvre dans la campagne du Berry, le 1er RI recevra la médaille de la Résistance. Ces hommes sont restés fidèles à leur devise : “On ne relève pas Picardie”.

« Le 1er RI est probablement un régiment d’armistice comme les autres. Mais sa longue tradition semble y avoir rendu l’idée de “disparition” collectivement plus inacceptable qu’ailleurs. [… ] Ceci doit nous rappeler la nécessité de former dès Je temps de paix des militaires disciplinés mais aussi libres d’esprit et donc capables de se conformer à l’esprit des ordres plus qu’à leur lettre »

Colonel Philippe Testart, 134e chef de corps du 1er régiment d’infanterie

 

LE CHIFFRE SARREBOURG

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La résistance du 1 er RI s’est organisée depuis Saint-Amand­ Montrond. Photo 1erRI /James GIL-SANZ

 C’est le nombre de fusils mitrailleurs qui ont pu être détournés de l’inventaire en 1942. S’y ajoutent lors de détournements nocturnes plus de 100 pistolets, 12 mitrailleuses, plus de 2000 collections d’effets et de chaussures, un mois de vivres de réserve, des instruments de musique, des appareils de transmission, des bicyclettes, des autos.

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Le général De Gaulle a rendu hommage au 1 er RI, ce « splendide corps» le 3 avril 1945. Photo RDA

 Les unités terrestres ayant reçu la médaille de la Résistance se comptent sur les doigts de la main. Outre le 1er RI, la brigade de gendarmerie de la Chapelle-en­ Vercors et la 13e demi-brigade de la Légion étrangère (rosette) la recevront, ainsi que trois écoles militaires. Le 3 avril 1945, Charles de Gaulle rend hommage aux hommes du 1er RI dans la citation suivante : « Splendide corps, dont la foi ardente dans les destinées de la Patrie, n’a pu être abattue par la dissolution de 1942.

En dépit des arrestations, déportations et perquisitions, a réussi à mettre à l’abri une partie importante de son armement, de son habillement et de ses approvisionnements. A établi entre les troupes et ses cadres des liens tels qu’en juin 1944, à l’appel de son chef, le colonel Bertrand, le régiment a pu se reconstituer autour de ses équipes clandestines qui n’avaient jamais cessé de mener le combat.

Conduisant une guérilla continuelle, du 8 août au 12 septembre 1944, a manifesté les plus belles qualités d’une troupe de choc par des actions de harcèlement au cours desquelles iI a causé à l’ennemi des pertes dépassant 500 tués, un millier de blessés, 150 prisonniers et a contribué à la reddition d’un groupement de colonnes ennemies fort de 18 000 hommes.»

Le drapeau du 1er RI est conservé précieusement, avec la médaille de la résistance à Sarrebourg. Photo 1er RI /James GIL-SANZ

 

La reddition de la colonne d’Elster et ses 18 000 hommes


 
En septembre 1944, à force de harcèlement, le 1 er RI obtient la reddition de 18 000 soldats allemands. Photo 1er                               RI/James GIL- SANZ

Septembre 1944: les forces allemandes, maintenues jusqu’à présent sur le front de l’Atlantique, repartent, direction l’Allemagne. Sous les ordres du général Elster, une colonne de 18 000 hommes, ayant subi déjà pas mal d’embuscades lors de son repli, arrive dans le Cher. Désormais, ils ne se déplacent que de nuit, mais restent lourdement équipés en matériel et en armes.

Dans la nuit du 7 au 8 septembre, les premiers accrochages marquent le début de la bataille. Pendant des jours, le 1er RI mène des actes de guérilla contre les hommes du général Elster, aux alentours de Laugère ou Charenton notamment. Cette technique du harcèlement, menée conjointement avec d’autres forces de la Résistance, va porter ses fruits en scindant la colonne.

Le 11 septembre, le général Elster signe la reddition devant le colonel Bertrand, en présence du major Macpherson. Quelque 18 000 soldats allemands sont faits prisonniers. « On ne connaît dans l’histoire des Maquis en Europe occupée qu’un seul autre exemple de capitulation allemande de l’importance d’une division entière », écrit Pierre Dufour, dans Picardie 1er Régiment d’infanterie (Lavauzelle, 2004).