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MOSELLE Patrimoine militaire

Musée de Gravelotte : l’incarnation de la mémoire mosellane

Clara HESSE

 Attentat revendiqué par un mouvement anarchiste au musée de la guerre de 1870, à Gravelotte, Je 6 juillet 1978. Photo RL

Si Gravelotte demeure dans la mémoire collective {via l’expression « Ça tombe comme à Gravelotte!»), ce n’est pas qu’en raison de la violence des combats de la guerre de 1870. Les vies multiples du musée érigé dès 1875, racontent aussi que c’est ici que s’ancre l’histoire de la Moselle.

 Dans le Petit Larousse illustré, à l’entrée « Gravelotte », on lit: «Commune de Moselle. Violente bataille de la guerre franco-allemande où fut utilisé le canon à balle de Reffye, précurseur de la mitrailleuse. Musée militaire. » Tel que le visiteur le découvrira, le musée de Gravelotte a ouvert ses portes en 2014. Mais remonter le fil de l’histoire, c’est apprendre que ce mémorial a connu plusieurs vies, dont la première débuta dès 1875. À peine la guerre finie, dans une Lorraine démembrée, un « Kriegsmuseum » (musée de guerre) voit le jour sur les lieux mêmes où se déroulèrent les combats d’août 1870. Ce premier musée naît de l’initiative d’un commerçant messin, Victor Erpeldinger et de sa sœur Élisabeth. Propriétaires d’un immeuble à Gravelotte, ils y exposent leur collection privée, composée d’armes et d’objets du conflit franco-prussien. Sur vingt ans, ils rassemblent plus de 5.600 souvenirs jusqu’à ce qu’ils vendent leur musée, en 1908, à la Fédération des associations d’anciens combattants allemands.

Après la Première Guerre mondiale, Gravelotte perd de son intérêt, les visiteurs germaniques se font rares et le musée tombe doucement dans l’oubli. Commence alors pour lui une vie de« martyr ». Ravagé par les obus lors de la libération de la Moselle en 1944, pillé par les nazis puis les Américains, dégradé par les intempéries, l’ancien musée doit être rasé. Un nouveau voit le jour en 1958. Seulement, en 1978, le bâtiment flambant neuf est la cible d’un attentat à l’obus de 105, revendiqué par le MATRA (Mouvement anarchiste terroriste révolutionnaire armé). Des travaux de réhabilitation sont entrepris pour le sauver, mais ils sont mis à néant par les nombreux cambriolages dont il est victime, avant sa fermeture en 2000.

  • Du musée de guerre au mémorial mosellan

Sa renaissance, Gravelotte la doit à un comité scientifique franco-allemand conscient qu’un musée militaire ne parle plus aux publics d’aujourd’hui. Il se mue alors en musée d’histoire, faisant comprendre les enjeux de la guerre de 1870, ses conséquences sur l’Alsace-Lorraine qui ouvrent la voie aux deux grands conflits mondiaux. Toujours construit sur les anciens champs de bataille et entouré de monuments commémoratifs, le nouveau musée s’érige ainsi en mémorial. Le directeur adjoint de la métropole nancéienne, Denis Schaming, écrivait en 2010 à son sujet : « Gravelotte retrouve ainsi une nouvelle vocation, orientée vers la célébration de la mémoire d’un territoire singulier, celui de la Moselle, lui-même composante d’une identité plus large, française et assurément européenne ».