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                                                                     LA BATAILLE DE L’EAU LOURDE

                                                                              Ou opération « Gunnerside »

 

Début février 1943 : largage sur la zone de Télémark (Norvège) de 6 parachutistes norvégiens. Ils rejoignent les 4 autres de l’opération « Freshman1 » restés cachés tout l’hiver avec leur agent-espion local.

Cela fait donc 11 hommes prêts à intervenir sur l’objectif fixé l’usine hydro-électrique de Vemork.

27 Février, une équipe de 9 « paras », nom de code « Swallow », escalade la montagne sous un beau clair de lune, suit une voie de chemin de fer non surveillée par les allemands et s’introduit dans la partie fabrication de l’usine grâce à un complice sur place

 

. Ces hommes, avec à leur tête Joachim RØNNENBERG (24 ans), disposent leurs charges d’explosifs sur les chambres à électrolyse et aux endroits les plus appropriés signalés sur une carte remise par un agent local et règlent le dispositif de mise à feu puis, mission accomplie s’en vont à skis vers la Suède pays neutre. Une partie de l’usine sera ainsi détruite, inactive jusqu’en Avril 1943, ainsi que 500 kg d’eau lourde. Les auteurs de cette action seront déjà loin.

De cette équipe 5 skieront plus de 400 km (200 miles) pour rejoindre la Suède, 2 rejoindront Oslo et sa résistance et 4 autres restent sur place pour aider la résistance locale.

Novembre 1943 : les alliés avertis que la fabrication de l’eau lourde reprenait lentement envoient 140 bombardiers B 17 de l’US Air Force larguer quelques 400 bombes sur l’usine. Mais gênés par le massif montagneux, le raid manquera de précision et aura pour conséquences un objectif raté et 22 civils innocents tués. A noter que l’édifice visé comprenait 7 étages en béton armé et l’usine se située à l’étage le plus bas.

20 Février 1944 : les allemands décident d’expédier à 9 h 45 par bateau, le ferry SF Hydro, 39 barriques de leur eau lourde (500 kg environ) en Allemagne. Le bateau étant peu gardé (2 civils seulement) 2 résistants norvégiens Alf LARSEN et Rolf SØRLIE font le guet tandis que 2 autres Knut HAUKELID et Knut LIER-HANSEN s’introduisent dans le ferry et vont placer pendant 2 heures des charges explosives (8 kg) dans la cale près de la proue. Ils mettent en action le système de mise à feu à retardement et quittent le ferry.

Ce dernier explosera à 10 h 30 avec ses fûts d’eau lourde au milieu du lac de TINN, avant d’arriver au phare d’Urdalen, coulera par 430 mètres de profondeur, faisant 4 victimes allemandes, des soldats, et 14 civils norvégiens dont les 7 membres de l’équipage. Vingt-neuf survivants dont 4 allemands, furent repéchés par les secours locaux. La fabrication de la bombe atomique par les nazis sera stoppée mais quelques fûts remplis à ½ remontèrent à la surface surnagèrent et arrivèrent paraît-il en Allemagne. Mais la très faible quantité d’eau lourde n’en permettait aucune utilisation par les savants allemands Werner Karl HELSENBERG (1901-1976) et Carl von WEISZACKER (1912-2017), frère aîné du président allemand Richard.

Pendant ce temps nos 2 saboteurs filaient à skis vers la Suéde. D’ailleurs l’un d’eux, Joachim RØNNEBERG est décédé en Octobre 2018 à l’âge de 99 ans.

Les 2 guetteurs demeurèrent dans les environs, plateau d’Hardangervidda entre Oslo et Bergen, pour SØRLIE.

L’histoire serait incomplète si j’oubliais quelques détails ou précisions, sachant que les informations disponibles recueillies de ci de là, peuvent être incomplètes, partielles voire erronées.

Soixante ans plus tard un robot sous-marin norvégien explora le fond du lac de Tinn à la recherche de l’épave du « SF Hydro ». Un baril, le n° 29, fut remonté et son contenu analysé montra que l’eau lourde était de faible concentration donc quasiment inexploitable.

Une controverse se fit jour après la guerre : les allemands auraient dupé les alliés en envoyant, par camions, leur stock le plus important en Allemagne et ne mettant sur le ferry que des barils incomplets.

Mais les alliés avaient déjà utilisé cette technique le 9 Mars 1940 en transportant en Ecosse, par avion, 26 fûts d’eau lourde (environ 180 kg) mais pour cela ils montèrent un leurre en envoyant un avion en Hollande qui fut détourné et intercepté par les allemands qui ne trouvèrent que des fûts vides. Pour le réel, 2 groupes se formèrent : l’un faisant Oslo-Edimbourg le 12 Mars et l’autre Oslo-Perth le 13 mars. Cette eau lourde fut ensuite envoyée en France.

Autre intervention, le 17 Mai 1940, 26 bonbonnes d’eau lourde furent entreposées dans la chambre forte de la Banque de France à Clermont Ferrand et 6 tonnes d’uranium dans un puits creusé dans la cave de la villa Clair Logis, 85 rue Etienne Doret louée par Frédéric Joliot Curie.

Vingt bidons (220 litres) furent cachés dans une cellule de la prison de Riom à l’initiative de Jean-Jacques TRILLAT collègue de J.Curie. Puis le 16 juin les allemands progressant rapidement, l’eau lourde (26 bonbonnes = 185 kg) pris la direction de Bordeaux et fut chargée à bord du Broompark2 en partance vers l’Angleterre ayant à son bord Hans HALBAN et Lew KOWARSKI les collaborateurs de Joliot Curie ainsi que 33 autres scientifiques et leur famille, c’était l’opération Ariel. Quant à l’uranium il est expédié vers le Maroc le 18 juin.

Ce qui fit que la division SS Adolf Hitler arrivant à Clermont Ferrand n’y trouvera rien.

Autre remarque : une pile atomique fut trouvée à HALBERTLOCH (Land de Bade-Wurtemberg) mais analysée elle fut considérée peu évoluée indiquant par-là que les allemands cherchaient plutôt une source d’énergie électrique de forte capacité pour, par exemple, alimenter leurs sous-marins dont ils détenaient un grand nombre.

                                                                                                                                                 

Notes :

      1°) voir article précédent du 13 Décembre.

      2°) torpillé par un U-Boat le 25 juillet 1942.

 

Sources : revues spécialisées dont Historia et pages internet françaises(dont Herodote.net) ou anglaises.