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Le coquelicot de la Guerre 14-18 lui doit beaucoup


Anna Guérin (photo à droite, avec un ancien combattant) « a été une star à son époque », insiste Claude Vigoureux, directeur de l’Office vendéen des anciens combattants.

Ouest-France/DR

 

C’est une Française exilée aux États-Unis, Anna Guérin, qui a popularisé ce symbole. Une figure oubliée qu’un Vendéen veut réhabiliter. Claude Vigoureux cherche un éditeur.L’histoire

« Dingue, que les Français ne connaissent pas cette histoire ! »Claude Vigoureux est du genre enthousiaste quand il s’agit de défendre une cause historique. Le directeur de l’Office départemental des anciens combattants de Vendée a mis à profit son temps libre pour rédiger La Dame au coquelicot, le roman vrai d’Anna Guérin (1878-1961).

« Anna Guérin a été une star à son époque, insiste l’auteur. Elle a fait le tour des États-Unis pour faire prendre conscience de la nécessité d’organiser une quête annuelle pour les veuves et les orphelins de la Première Guerre mondiale. En fait, elle est la fondatrice du crowdfunding, le financement participatif ! »

Son idée : faire fabriquer de petits coquelicots de soie aux veuves et orphelins de guerre pour les vendre. Nous sommes dans les années 1920. « Au même moment, en France, deux infirmières françaises ont l’idée du bleuet pour venir en aide aux mutilés de la Grande Guerre qui n’ont droit à rien. Elles leur font fabriquer des bleuets qui ne sont d’abord vendus qu’à Paris. »

« L’équivalent du Sidaction »

Le bleuet et le coquelicot deviennent deux emblèmes de la solidarité avec les victimes de guerre. Aujourd’hui, chaque 11- Novembre, une vente de bleuets est organisée en France quand, le même jour, les Britanniques arborent un « poppy » à la boutonnière. « C’est la fleur du 11-Novembre, de la solidarité, l’équivalent du ruban du Sidaction », compare Claude Vigoureux.

Outre-Manche, le produit de la vente des coquelicots finance entièrement le service des anciens combattants. À l’inverse, le bleuet ne représente que 20 % du financement de l’Office national des anciens combattants, le reste est pourvu par des subventions de l’État.

 

L’auteur du livre le précise bien : Anna Guérin n’a pas inventé le coquelicot. Il apparaît dès 1915 dans un poème composé par le lieutenant-colonel John McCrae, un médecin militaire canadien qui en fait un symbole du sang versé sur le champ de bataille.

« Ensuite, une Américaine, Moina Michael, émue par ce poème, décide de porter un coquelicot. Anna Guérin dépasse la simple émotion pour en faire un outil de communication et un vecteur de financement social au profit des victimes de guerre. »

Après une tournée aux États-Unis, elle étend l’initiative en Angleterre, au Canada, même en Nouvelle-Zélande. Des pays alliés qui adoptent le coquelicot lors de la commémoration du 11-Novembre. « L’officialisation du bleuet en France est concomitante et, en 1935, le gouvernement décide qu’une vente de bleuets sera organisée chaque 11-Novembre. »

Le livre est prêt

Puis Anna Guérin tombe dans l’oubli. « On sait qu’elle est morte à Paris en 1961 mais on ne sait pas où elle est enterrée », se désole Claude Vigoureux, dont les recherches sont restées vaines.

Pour retracer le destin hors norme de la Française, le Vendéen s’est appuyé sur le travail très complet d’une Anglaise, Heather

  1. Johnson, auteure d’un blog sur l’histoire de « Poppy Lady ». Le manuscrit de Claude Vigoureux est prêt, la traduction aussi, il cherche désormais un éditeur. « Ce petit bouquin veut être le début de quelque chose. Ce que je voudrais, c’est sortir de l’oubli cette femme qui est une fierté pour la France. »

 

Céline BARDY.

Article paru dans OUEST-FRANCE le 3 août 2019