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C’est une partie de l’histoire de cet homme dont je viens de retrouver sa photo, parmi d’autres, que j’ai prise en 1982 alors que j’étais en poste à Saint Laurent du Maroni (Guyane).Ce n’est pas une arme qu’il tient dans ses mains mais un sabre d’abattis dont il se sert pour entretenir le jardin du restaurant voisin (voir ci-dessous son usage courant).

Son histoire m’a été contée en partie par la restauratrice du lieu, qui au service du directeur des douanes en Indochine l’a suivi à la fin de cette guerre pour s’installer en Guyane.

D’après celle-ci, il avait un peu plus de 100 ans à cette époque et il habitait dans cette cabane, voisine du restaurant, qu’on voit derrière lui. On l’appelait « tchang » mais je ne connais pas son nom.

Il avait été libéré en 1946, à la fermeture  du (camp crique Anguille), appelé bagne des Annamites (car les prisonniers étaient principalement originaires d’Indochine) situé sur la commune de Montsinery-Tonnegrande. Créé en 1930 en même temps que deux autres bagnes, qui ne dépendaient pas de l’administration pénitentiaire mais du gouverneur de ce département. Le  but était de développer la région de l’Inini entièrement recouverte de forêts.

Quelques années plus tard, je me suis mis à la recherche de ce que cet homme avait commis pour être incarcéré dans ce bagne, ce que j’explique ci-dessous. D’abord, quelques images :

Ce que l’on voyait à l’entrée de l’ancien bagne en 2012, qui n’existait pas lorsque je me rendais à la crique Tonnegrande pour y chasser le papillon de 2001 à 2006 et que je passais devant ses ruines (deux photos in-fine). Voici une partie de l’inscription du panneau au centre :

« le bagne des Annamites de la crique Anguille a été construit en 1931 par des forçats de droit commun, puis par des condamnés politiques Indochinois déportés en Guyane. Il avait la particularité d’être à la fois un établissement pénitentiaire spécial (EPS) et le centre administratif de l’une des circonscriptions du territoire de l’Inini. Il a accueilli 395 bagnards indochinois et fut fermé en 1946. A l’abandon, il a été racheté par le Conservatoire du littoral qui souhaite en faire un sentier de randonnée et de découverte majeurs de Guyane… »  Le montant des travaux s’élève à 199 860 euros.

 

Je reviens sur ce qu’il avait commis :

 

En Février 1930, la politique coloniale française en Indochine connait un durcissement qui mène au soulèvement de Yen-Bay qui permet au gouverneur d’éloigner les éléments subversifs.

Ce qu’il fait le 19 Septembre 1931, pour des prisonniers politiques et des condamnés de droit commun qui sont dirigés vers ces trois camps en construction ; « tchang » est parmi ceux qui rejoignent la crique Anguille.

Ils venaient du bagne Poulo Condor, lieu de bannissement utilisé par le pouvoir annamite avant la colonisation puis réutilisé par les Français dès 1860 où de nombreux opposants y sont emprisonnés.

C’est de ce bagne qu’il venait. Il y était depuis on ne sait quand ? Il n’avait commis aucun délit de droit commun mais seulement un délit d’opinion ! Il n’a pu revoir sa famille et son pays, oublié en Guyane dont on ne retrouve sa trace que par ma photo.

Je laisse à chacun le soin d’apprécier la souffrance de cet homme qui a passé une grande partie de sa vie d’un bagne à l’autre ?

 

Ci-dessous deux photos que j’ai prises des ruines du bagne des Annamites et une de celui de Poulo Condor d’internet :

 

 

A bientôt,     Serge Clay.

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