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Une Histoire populaire

Avant de poursuivre la lecture de l’article commémorant l’exécution du Groupe Manouchian, permettez -nous de vous expliquer ce qu’a été ce groupe et quelles personnes le composaient. Rappelons que notre site est apolitique.

TO GO WITH AFP STORY IN FRENCH “Fusillés du Mont-Valérien: M. Klarsfeld diffuse de rares photos d’exécution”.

Ils ont eu le courage de dire « NON »

Les résistants  du Groupe MANOUCHIAN (1943-1944)

Le matin du 17 mars 1943, Missak Manouchian, Arsène Tchakarian et Marcel Rayman, attaquent à la grenade un groupe de soldats allemands à Levallois-Perret. Cet attentat marque le début d’une série d’actions menée par un groupe de résistants issus de la MOI (Main d’œuvre immigrée), plus connu sous le nom de groupe Manouchian. Pendant plusieurs mois cette organisation, composée d’une soixantaine d’hommes et de femmes, va harceler quotidiennement l’occupant nazi. Immigrés pour la plus part, ils vont être la principale force armée s’opposant directement aux allemands en région parisienne. Dotés d’un courage sans faille et guidés par un idéal, celui de la liberté, ils vont à jamais marquer l’histoire de la Résistance.

« Étrangers et nos frères pourtant », ils ont dit « non » à l’occupant nazi

Dans les années 1920, le Parti communiste et la CGT décident de la création d’une organisation syndicale regroupant les travailleurs immigrés présents sur le territoire. La France accueille alors une main d’oeuvre importante venu de l’étranger, qui a besoin de s’intégrer et de se souder. Devenue la MOI dans les années 30, l’organisation décide de la création d’une branche armée au début de la Seconde Guerre mondiale pour faire face à l’occupant nazi.

Ainsi, le groupe des Francs-tireurs et partisans – Main d’œuvre immigré (FTP-MOI) voit le jour en 1941. Présents dans les grandes villes du territoire (Paris, Marseille…), ses combattants vont s’organiser clandestinement pour résister et mener des actions. Membre de la MOI depuis les années 30, le poète et intellectuel engagé arménien, Missak Manouchian prend la tète de la structure parisienne de l’organisation en 1943.

A ses cotés, une soixantaine de jeunes résistants. D’horizons différents, ils avaient pour point commun leur farouche volonté de combattre la haine et de défendre la liberté. Antifascistes, certains comme l’italien Spartaco Fontano avaient été contraints de quitter leur pays. Communistes, d’autres comme le hongrois Emeric Glasz avaient du fuir les persécutions politiques. Juifs, d’autres encore en avaient fait de même face aux mesures antisémites. Missak Manouchian était quant à lui un survivant du génocide arménien qui avait emporté son père et sa mère (morte de la famine qui s’en est suivie).

Ainsi, fuyant la misère et les persécutions, ils sont venus se réfugier en France, pays des droits de l’homme, où les fascistes avaient échoué à prendre le pouvoir. Leurs tragiques histoires personnelles, leurs souffrances, renforceront indiscutablement leur volonté à s’engager dans la lutte armée contre l’occupant.

Antifascistes et Républicains, certains comme Szolomo Grzywacz, Célestino Alfonso ou encore Joseph Boczov avaient déjà rejoint les Brigades internationales en 1936 afin de participer à la lutte contre Franco en Espagne. D’autres comme Missak Manouchian ou Emric Glasz s’étaient volontairement engagés dans l’armée française en 1939 afin de combattre l’Allemagne nazi. Tous connaissaient le sacrifice de leur engagement. Mais aucun d’eux n’était prêt à reculer face à la haine qui envahissait alors l’Europe.

La défaite de 1940 puis l’occupation, vont être pour eux comme pour l’ensemble des français un véritable bouleversement. Certains comme Léon Goldberg vont voir leur famille disparaître lors de rafles, d’autres comme Amedeo Usseglio ou Robert Witchitz vont se voir réquisitionnés pour le Service du Travail Obligatoire (STO). Ainsi, refusant de se soumettre à l’occupant, bravant leur peur, s’est tout naturellement qu’ils vont rejoindre les FTP-MOI.

Des résistants qui ne laissèrent aucun répit à l’occupant nazi

     En février 1943, Missak Manouchian s’engage dans la branche armée de la MOI. Le 17 mars, il effectue son premier attentat contre l’occupant. Rapidement, il obtient des responsabilités au sein de l’organisation. En juillet, il succède au tchèque Alik Neuer, arrêté par la police, au poste de commissaire technique des FTP-MOI dans la capitale. Il en devient même le principal dirigeant à partir du mois d’août et donc le chef de la résistance parisienne.

A la tête d’un groupe composé d’une soixantaine de combattants, il va pendant plusieurs mois organiser la résistance dans la capitale. Ses troupes passent à l’action plusieurs fois par semaine. Attentas, exécutions d’officiers allemands en plein jours, déraillement de trains, ils ne laissent aucun répit à l’occupant.

Les membres du groupe connaissent les risques qu’ils prennent en commettant de tels actes. Nombre d’entre eux ont vu des proches, des amis ou des camarades arrêtés ou déportés. « Avant l’action, nous avions des tremblements » affirme le résistant Henri Karayan , « mais au moment de l’action, tout s’arrêtait ».

Manouchian préparait minutieusement les différentes opérations. « Il a réfléchi, sur le terrain, à toutes les erreurs à ne pas commettre. Sa stratégie, c’est d’abord d’éviter les opérations suicides. Dogme intangible : avant chaque action, vérifier l’équation selon laquelle cent pour cent d’efficacité égalent cent pour cent de sûreté. Nécessité, aussi, de constituer un arsenal suffisant. Nécessité, enfin, de frapper l’ennemi dans ses centres nerveux ».

Rien n’est laissé au hasard. Les armes, les résistants se les font directement livrer par avion depuis Londres. Là-bas, convaincu par Jean Moulin, le général de Gaulle a accepté d’armée la résistance communiste. Malgré leur jeunesse, une grande partie d‘entre eux est déjà aguerrie au combat. Certains ont notamment été formés dans les Brigades internationales.

Par leurs actions, les membres du groupe Manouchian voulaient montrer à l’occupant, mais aussi à la population française, que la résistance était encore debout. Plusieurs de leurs actions ont un retentissement important. On trouve en effet au tableau de chasse de l’organisation plusieurs officiers nazis comme le colonel et responsable du STO Julius Ritter ou les généraux Von Schaumburg et Van Apt.

Des casernes militaires, des libraires nazies ou encore le siège du parti fasciste italien seront aussi pris pour cible. Au total, plus d’une centaine d’actions sont attribuées aux résistants de la MOI entre février et novembre 1943. Chacune d’entre elle représentera une source d’espoir pour des milliers de français qui par peur de la répression féroce des allemands n’osaient entrer dans la lutte armée contre l’occupant.

« Je n’ai jamais tué d’allemands, je n’ai tué que des nazis »

     Les importants moyens mis en place par les nazis pour traquer le groupe Manouchian sont la preuve flagrante de l’efficacité des actions de la résistance. En effet, pas moins de 200 agents sont chargés de traquer les membres de l’organisation clandestine parisienne. Brigades spéciales, renseignements généraux, agents municipaux, la police française participera activement à l’opération.

Une situation improbable donc, « voilà des combattants étrangers engagés dans la libération de la France qui se retrouvent repérés, filés, arrêtés par des policiers français œuvrant au service de l’occupant allemand ». Après des semaines de filature, ils sont une trentaine de résistants à être arrêtés en novembre 1943. Parmi eux, Missak Manouchian, leader parisien des FTP-MOI et Joseph Epstein, chef régional de l’organisation. Cette arrestation met fin à la résistance armée au sein de la capitale pendant plusieurs mois.

Après avoir été torturés des heures durant, 24 des interpellés sont présentés devant une cour martiale allemande le 19 février 1944. Un simulacre de procès a alors lieu. Il débouche sur la condamnation à mort de vingt trois d’entre eux. Les nazis profitent alors de l’occasion pour lancer une importante campagne de propagande destinée à diaboliser la résistance. Des milliers d’affiches et de tracts sont ainsi diffusés dans plusieurs grandes villes du territoire. Sur ces documents, Manouchian et neuf membres de son groupe sont présentés comme des terroristes.

Xénophobe, antisémite, « l’Affiche rouge » assimile la résistance à un « complot étranger contre la vie des Français et contre la souveraineté de la France ». Cependant, plutôt que de répugner la population, cette affiche va venir lui rappeler que la lutte contre l’occupant est encore bien vivante. Certains déposeront même des fleurs aux pieds de quelques affiches.

Le 21 février 1944, trois jours après leur procès, 22 des résistants condamnés sont fusillés au Mont-Valérien. Quelques minutes avant de mourir, Missak Manouchian écrit ces mots à sa femme Mélinée : « J’en suis sûre que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit ».

Jamais les FTP-MOI parisiens ne se seront soumis à la haine, pas même au moment d’être fusillés. Jamais ils n’auront assimilé le peuple allemand à la barbarie nazie (« Je n’ai jamais tué d’allemands, je n’ai tué que des nazis », Henri Karayan). Jamais, ils n’auront perdu espoir en un avenir meilleur (« le peuple Allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps », Missak Manouchian).

     75 ans après la disparition des membres du groupe Manouchian, il est plus que jamais essentiel de garder vivante leur mémoire. A travers leur courage, leur humanisme, leur espoir sans faille en un avenir meilleur ou encore leur lutte contre la haine et le fascisme, ils ont oeuvré pour la paix. Arméniens, espagnols, italiens, roumains, hongrois, polonais ou encore français, ces hommes et ces femmes ont su unir leur force au service l’émancipation humaine. Combattants de la liberté et de la fraternité, ils incarneront à jamais le visage de la Résistance

Voià pourquoi nous en parlons sur le site:

75e anniversaire de l’exécution des résistants de l’Affiche rouge

Dans le cadre des commémorations du 75e anniversaire de la Libération de la France, Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, présidera jeudi 21 février 2019 au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine) une cérémonie nationale en hommage aux résistants de l’Affiche rouge et de leur chef, Missak Manouchian, exécutés en ce lieu.

Le 21 février 1944, 22 membres des « francs-tireurs et partisans – main d’œuvre immigrée » (FTP-MOI) sont exécutés au Mont-Valérien, avec leur chef, le poète arménien Missak Manouchian. Mené par une cour martiale allemande, le procès qui condamne ces résistants à mort est largement médiatisé par l’intermédiaire de ce que l’histoire a retenu comme « l’Affiche rouge ». Dix des futurs condamnés, aux patronymes tous étrangers, pour la plupart juifs et/ou communistes, photographiés dans la cour de la prison de Fresnes, y étaient présentés à la vindicte publique comme appartenant à « l’armée du crime ». Mais l’effet recherché par l’occupant ne se produisit pas et au contraire, l’« Affiche rouge » devint l’un des symboles de la Résistance en France.

Cette cérémonie sera plus largement l’occasion de saluer la mémoire des 1008 fusillés du Mont-Valérien, résistants comme otages, Français ou étrangers, exécutés de 1941 à 1944.

Programme prévisionnel :

15h – 16h :     Arrivée de la secrétaire d’État

                        Visite du musée. Temps de recueillement devant la cloche des fusillés et dans la chapelle

                        Cérémonie dans la clairière des fusillés

                        Recueillement dans la crypte

                        Allocution de la secrétaire d’Etat. Micro tendu

L”Affiche rouge” de rŽsistants condamnŽs (le rŽseau Manouchian), 1944