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Le chemin est long, solennel, qui conduit jusqu’à la nécropole les cercueils de Simone et de son époux Antoine, portés par des gardes républicains qui avancent à pas lents. Le cortège funèbre avance sur un tapis bleu, sous un ciel d’été radieux. Il s’arrête trois fois, des chants ponctuent ses stations, des musiques de Rachmaninov, de Fauré ou Beethoven s’élèvent dans les airs. Le temps paraît suspendu, des applaudissements saluent le passage des cercueils.
La vérité du martyre juif
A Auschwitz-Birkenau, Simone Veil née Jacob avait été tatouée la première, avant Marceline Loridan-Ivens née Rosenberg. Sur les écrans géants, placés de part et d’autre de la place du Panthéon, le matricule de Simone Veil hier est apparu, en grand, comme un chiffre monstrueux : 78651. Le président Emmanuel Macron, devant les cercueils enfin arrivés des époux Veil, proclame que la patrie reconnaissante s’en souviendra. « Elle portait sur le bras gauche le stigmate de son malheur, ce numéro 78 651 de déportée à Birkenau. Il sera gravé sur son sarcophage ». Tout un symbole. Avec Simone Veil, entre au Panthéon, « la mémoire des déportés raciaux, des 78 500 juifs et tziganes déportés de France ». Le chef de l’Etat insiste : « Il existe une vérité de l’Histoire, et la vérité du martyre juif fait aujourd’hui partie intégrante de l’Histoire de France comme en fait partie l’épopée de la Résistance »
Marceline Loridan-Ivens, l’amie, a écouté ce solide discours présidentiel, juste, précis, entre portrait, éloge, hommage à Simone Veil. Il parle de ses engagements, pour l’Europe, pour les femmes, vivement applaudi. Il parle d’une grande femme dans l’histoire des grands hommes. « Malgré les malheurs et les deuils, Simone Veil conçut la certitude qu’à la fin la dignité l’emporte sur l’avilissement et l’humanité sur la barbarie. Elle qui avait vécu l’indicible expérience de la sauvagerie et de l’arbitraire savait que seuls le dialogue et la concorde entre les peuples empêcheraient qu’Auschwitz ne renaisse sur les cendres froides de ses victimes »
Marceline, à la tribune des invités, s’est assise près des sœurs d’Antoine Veil, dont l’une est une ancienne déportée. La famille Veil, les fils Pierre-Francois et Jean, les petits-enfants et arrière-petits-enfants, côtoient les personnalités politiques et les ministres. Les anciens présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande sont là. Carla Bruni et Julie Gayet à leurs côtés.
Les murmures de leurs conversations
Simone Veil entre au Panthéon, destin peu commun d’une femme d’Etat, l’histoire d’une Française qui est l’histoire de la France. On ne s’en souviendra pas dans les livres, mais il était un peu plus de midi, hier, quand les grandes portes de bronze du Panthéon se sont ouvertes. Emmanuel Macron a suivi les cercueils des époux Veil, grave, solennel, encore ému après une minute de silence qui ne ressemblait à aucune autre. Une longue minute, d’un silence enregistré dans les camps d’Auschwitz-Birkenau. Un silence de mort, après que Barbara Hendricks a chanté La Marseillaise accompagnée par le chœur de l’Armée Française.
Le chef de l’Etat a marché au bras de Brigitte Macron, la famille Veil derrière eux. Les portes du Panthéon se sont refermées, pour rouvrir, dans l’après-midi, au public, pour un ultime recueillement devant les cercueils du couple Veil. « Il n’était pas pensable que Simone repose sans Antoine, cette compagnie lui aurait manqué », a dit Emmanuel Macron. Le président croit à leurs fantômes bien vivants : « Le Panthéon bruissera désormais du murmure de leurs conversations. »
Au Panthéon, Nathalie CHIFFLET
Article du Républicain Lorrain