
Charles Bochard, le rugbyman qui devint résistant
Besançon, 1916 – Camp de Souge, 1944
Charles Bochard naît le 28 mai 1916 à Lons-le-Saunier, dans le Jura. Son père, Maximilien, tenancier de café, disparaît pendant la Première Guerre mondiale. Le petit Charles grandit donc sans lui, reconnu comme « pupille de la Nation ».
Devenu aide-mécanicien, il s’installe à Besançon en 1938. Il se fait vite remarquer comme joueur au sein de l’équipe de rugby de la ville, le Racing Club Franc-Comtois, ancêtre de l’actuel Olympique de Besançon. Demi de mêlée rapide et malicieux, on le surnomme « Charlot ». Ses crochets déroutants font sa réputation sur le terrain.
Mais la guerre rattrape vite le jeune homme. Mobilisé dans la Marine, il survit de justesse à l’attaque britannique de Mers el-Kébir en juillet 1940, un épisode tragique qui coûte la vie à des centaines de marins français — et à deux de ses propres frères, tombés au début du conflit.
Marqué par ces pertes, Charles revient à Besançon. En 1942, il rejoint un groupe de résistants, les Francs-Tireurs et Partisans. Le jour, il répare des camions dans son garage et continue même à jouer au rugby, malgré les risques. La nuit, il participe à des sabotages, notamment contre l’usine LIP, qui fabriquait alors du matériel pour l’armée allemande.
En août 1943, on l’envoie en mission à Bordeaux avec un compagnon, René Migeot. Ensemble, ils exécutent un responsable local d’un parti collaborationniste. Recherché, Charles continue pourtant à jouer au rugby sous une fausse identité. Mais la police française finit par l’arrêter à son domicile bisontin, en octobre 1943.
Transféré à Bordeaux, interrogé et torturé, il ne parle jamais. Le tribunal militaire allemand le condamne à mort le 20 janvier 1944. Six jours plus tard, le 26 janvier, il est fusillé au camp de Souge, avec seize autres compagnons.
La veille de son exécution, Charles écrit une dernière lettre à un ami de son club de rugby. Il la glisse dans la doublure de sa veste, où elle sera retrouvée bien plus tard. Il y promet d’affronter le peloton d’exécution avec le même courage que sur un terrain de rugby.
Apprenant la nouvelle, son club décide d’arrêter la saison en signe de deuil. Depuis, chaque année, l’Olympique de Besançon dépose une rose blanche en sa mémoire, le jour de son anniversaire.
Pourtant, avec le temps, Charles Bochard est peu à peu tombé dans l’oubli — inconnu à Lons-le-Saunier où il est né, à Besançon où il a vécu, comme à Bordeaux où il est mort. Grâce aux recherches de l’historien du club, Alain Dougy, et à un roman récent de Laurent Koessler, La dernière mêlée de Charlot, son histoire refait aujourd’hui surface.


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