Albert BARBOUTH marseillais, passeur de mémoire.

Né le 5 juin 1933 à Paris, il est d’origine turque

photo AFMA

En effet ses parents stambouliotes1, Rebecca la mère, Moïse le père viennent s’installer à Paris (11éme) vers 1930., ils sont d’origine juive, croyants mais non pratiquants. Ils ont 3 enfants : Albert (1933), Nissim (1934) et Joseph (1937). Moïse avait terminé son service militaire national turc et rêvait de la France. Il s’est d’ailleurs engagé dans la légion étrangère, mais à son retour en octobre 1941, il tombe malade et décède peu après.

La déclaration de guerre du 3 septembre 1939 va bouleverser leur vie quelques années, plus tard.

En effet le 1er juin 1942, le port de l’étoile jaune2est obligatoire pour les juifs âgés de plus de 6 ans. La mère Rebecca coud donc l’étoile jaune sur les vêtements d’Albert. Ce dernier fréquente l’école mais il est victime de moqueries, que je ne citerai pas mais que vous devinerez, il a moins de copains, on l’évite. De retour à la maison, il en fait part à sa mère.

Celle-ci va découdre cette maudite étoile. Ayant fait la connaissance d’une dame œuvrant pour l’assistance publique, elle lui raconte. On lui conseille de confier Albert et Nissim à des paysans de la Nièvre. C’est donc dans deux fermes voisines de La Celle sur Loire, que les 2 frères vont se retrouver en juin 1942.

Quant à Joseph, trop jeune, il est resté avec sa mère à Paris. Hélas ils seront arrêtés en mars 1944 et envoyés à Drancy.

Albert dans la ferme de la famille Dionne est relativement heureux, jusqu’à ce jour de mars 1944, où trois gendarmes se présentent. Ils viennent le chercher, sa mère ayant été interrogée afin de connaître où étaient les 2 autres enfants.

Voilà donc Albert, 11 ans, en face des gendarmes qui lui passent les menottes à la stupéfaction de Mme Dionne, qui s’empresse d’intervenir, arguant que c’est un jeune enfant, ouf !  Les menottes sont retirées. Il faut aller à la ferme voisine récupérer Nassim.

Les deux frères sont emmenés à Drancy, où ils retrouvent mère et frère, le 23 mars 1944. Tout va bien se passer pour eux quatre, car Rebecca leur mère, présente son passeport Turc. Cela les sauve d’une triste destination, la leur sera Istamboul en Turquie.

Pourquoi donc ? La Turquie est un pays neutre.

Ils arriveront à Istanbul après 9 jours de voyage et pas mal de péripéties. Sur place ils retrouvent leurs familles, Albert lui fréquente l’école de l’ambassade de France, car il parle français étant né et résidant à Paris.

En mai 1946, Rebecca décide de repartir avec ses fils en France par bateau. Arrivée à Marseille, puis installation à Paris. Mais Rebecca a contracté la tuberculose, malade elle entre au sanatorium, elle y finira ses jours.

Les trois frères sont placés dans un orphelinat, jusqu’à leur majorité (21 ans).

Albert devenu marseillais, a vieilli. Son passé va le décider à devenir « passeur de mémoire ». Il veut rencontrer la population scolaire, aller dans les collèges et lycées. Devant les élèves il narre son histoire, l’exclusion sociale, le peu de solidarité lorsqu’il a été confronté à cette situation.

Il est un ardent passeur de mémoire, il essaie de faire ressentir aux élèves son vécu avec des mots simples mais très marquant.

Il fait partie de l’association « l’Amicale des déportés d’Auschwitz », puis adhère à une autre, l’AFMA (Association Fond de Mémoire Auschwitz) dont il est le président d’honneur. L’AFMA organise des voyages, Albert en a fait plus de 25. Des sorties scolaires vers ce triste lieu d’Auschwitz sont programmées, Albert est l’accompagnateur, le guide expliquant sur place ce que découvre les élèves au cours du déroulement de leur visite.

  Avec des collégiens à Auschwitz (photo AFMA)

Les collégiennes à Auschwitz écoutent avec sérieux et dignité (Photo AFMA)

 

  Albert avec un collégien des Bouches du Rhône (Photo AFMA)

Avec l’laide du Conseil Général des Bouches du Rhône, ce sont 115 collégiens, de douze collèges qui ont pu visiter  ce camp,

Il transmet, ainsi depuis 40 ans, aux jeunes générations et partage avec elles cet épisode de l’histoire que peu connaisse, mais qu’il ne faut pas oublier, surtout en cette période où certains tentent de réveiller le démon. Six millions de vie supprimées par idéologie.

Notes :

1°) gentilé : du nom turc d’Istanbul « Stamboul », après avoir été au fil des années : Byzance, Constantinople.

2°) ordonnance du 29 mai 1942.

Un film documentaire : de 2026 (46 minutes) « Albert BARBOUTH, la voix de la mémoire » de Jean-Marie Montali et Stéphane Krasz.

 

 

Sources : divers sites internet.

 

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