FEVRIER par Stéphanie RAMOS
Dans la littérature française, février n’est jamais un simple mois : il est une humeur, une respiration, un frisson posé sur la page. Les écrivains l’ont abordé comme on approche une clairière encore prise dans la glace, avec une attention délicate, presque superstitieuse. Chez Victor Hugo, février est un mois de veille et de combat : dans Les Misérables, c’est en février 1848 que gronde la révolution, et l’air froid semble porter les premiers souffles d’un peuple qui s’éveille. Chez Baudelaire, février devient un miroir de l’âme : dans Le Spleen de Paris, il flotte une grisaille intérieure qui rappelle ces jours courts où la lumière hésite à revenir. Flaubert, dans sa correspondance, parle de février comme d’un mois « sans couleur », un temps suspendu où l’on attend que quelque chose commence enfin.
Mais février n’est pas seulement le mois de la mélancolie : il est aussi celui des renaissances timides. Dans La Mare au Diable de George Sand, les campagnes berrichonnes, encore engourdies par l’hiver, laissent déjà percer les premières promesses du printemps, et l’on sent dans l’air une douceur nouvelle, presque imperceptible. Colette, dans Sido, évoque ces jours de février où les bourgeons gonflent en secret, où la terre respire sous la gelée, où la nature prépare son retour avec une patience sensuelle. Même Zola, pourtant maître des atmosphères lourdes, laisse dans La Terre filtrer une lumière pâle, celle de février qui éclaire les champs encore nus mais déjà frémissants.
Février est aussi un mois de solitude et d’introspection. Dans Journal d’un curé de campagne de Bernanos, les paysages d’hiver, traversés par des vents coupants, deviennent le reflet des tourments intérieurs du narrateur. Julien Gracq, dans Un balcon en forêt, fait de février un mois de veille silencieuse, où les soldats guettent dans la brume un ennemi qui ne vient pas, et où le temps semble se figer dans une attente presque métaphysique.
Et pourtant, février sait aussi se faire tendre. Dans La Modification de Michel Butor, le voyage en train qui traverse l’Europe en hiver porte en lui une lumière discrète, celle des recommencements possibles. Dans L’Amant de Marguerite Duras, les paysages d’Indochine baignés d’une lumière blanche rappellent ces jours de février où le soleil, encore timide, caresse le monde sans le réchauffer tout à fait.
Ainsi, de Hugo à Colette, de Baudelaire à Gracq, février apparaît comme un mois de seuil, un mois d’entre-deux, un mois où tout tremble et tout espère. Il est la saison des âmes sensibles, des cœurs en suspens, des paysages qui se préparent à renaître. Dans la littérature française, février n’est jamais un simple décor : il est une émotion, une nuance, un souffle. Un mois fragile, hésitant, mais déjà tourné vers la lumière.

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