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                       Papy commandait le camp d’Auschwitz

J’ai 15 ans en 1980, je m’appelle Rainer HÖSS et découvre qui était réellement mon grand-père.

Vers 10 ans le père de mon ami Christian m’invite à venir chez lui pour célébrer « Pessah1 ».

Content je rentre chez moi, mon père lit le journal dans son fauteuil, j’en profite pour lui demander l’autorisation d’honorer cette invitation.

Tel un ressort mon père, Hans-Jurgen, se lève et m’envoie 2 gifles puis m’emmène dans ma chambre où il m’enferme. Je ne comprends pas ce châtiment.

Plus tard, bêtise faite avec les copains de l’internat, une punition : corvée de jardinage pendant 15 jours. Mais le jardinier me reprochait, et à moi seul, un travail mal exécuté et ce sans arrêt. Très bien, je supporte mais l’éducateur l’ayant vu agir me signale que le comportement du jardinier est dû à ce qu’il est un rescapé d’Auschwitz2.

On m’en avait parlé de cette prison pour voyous et criminels et même que mon grand-père3 devait en être le directeur, d’où la « revanche » du jardinier ?

A 15 ans, un autre éducateur m’emmène à DACHAU, où je vois mon nom « HÖSS » partout. De retour à la maison je questionne, non sans quelque appréhension, mon père. Ce dernier me répond qu’il s’agît d’une erreur avec Rudolf HESS un dirigeant nazi. Bon, peut-être après tout.

Mais dubitatif je subtilise pendant l’absence de mon père et avec la complicité de ma mère, 2 livres sur Auschwitz et à leur lecture je comprends que Papy Rudolf avait fait exécuter des centaines de personnes, juives pour la plupart.

Terrible révélation : en réaction je quitte la maison, ma famille en 1981, j’ai 16 ans, maison dans laquelle on ne parlait jamais de Rudolf HÖSS. Ce papy qui vivait avec sa famille, cinq enfants, dans une villa près du camp. Piscine, jardin potager entretenu par des prisonniers. Ma grand-mère Hedwig dont la seule occupation était la cuisine, recommandait au jardinier de bien secouer les légumes à cause de la cendre qui pouvait s’y être déposée4.

De plus elle était fière de son mari, et disait qu’il était mort à la guerre comme beaucoup d’allemands !

En 1985 je rompts tout lien avec ma famille.

En 2010 à Cracovie (Pologne) je rencontre Josef PACZYNSKI5  ex-coiffeur au camp Auschwitz pour les détenus mais aussi pour mon grand-père, quelques souvenirs sont évoqués.

Rainer, puisqu’il s’agit de lui, est né à Ludwigsbourg (proche de Stuttgart) le 25 mai 1965. Il est marié, 4 enfants puis divorcé. Il décide de conserver ce nom de HÖSS pour lui redonner un peu de sens, d’honneur.

Il a créé « The Footsteps Team » association qui lutte contre la discrimination, la haine et pour la mémoire de la Shoah.

Un bel exemple, un lourd fardeau à porter et un nom à rebâtir. Il donne des conférences dans les écoles. Il débat avec Ben LESSER, rescapé d’Auschwitz pour expliquer le nazisme. Il devient le petit fils de cœur d’Eva Moses KOR6en 2015.

 

Sources : revue d’histoire. Divers sites internet.

Notes :

     1°) Pâque juive.

    2°) camp créé en 1940 pour prisonniers politiques polonais, puis pour les internés juifs en 1942.

     3°) né dans une famille catholique, qui le destinait à un avenir ecclésiastique. Capturé le 11 Mars 1946, capitaine Hanns Alexander7 (cachette révélée sous contrainte par sa femme, il utilisait un faux nom : Franz LANG) et pendu en Avril 1947 près de sa villa.

    4°) horrible, vous aurez compris pourquoi !

    5°) il avait été choisi par Rudolf HÖSS, allait chez lui, ne lui parlait pas  quelques envies de lui trancher la gorge, mais trop de conséquences ensuite. Libéré le  8 janvier 1945. Devenu ingénieur et enseignant en mécanique. Décédé en Avril 2015 (95 ans).

   6°) rescapée du camp, décédée en 2019. A été bernée par ce Rainer et aurait coupé ce lien de 2015 par la suite.

   7°) il est un juif allemand réfugié en Grande Bretagne et engagé dans les services spéciaux.

 

Livre : « L’héritage du commandant » par Rainer HÖSS. 

 

  

NDA : Ce récit, un peu personnalisé est, comme tout fait historique, sujet à vérité, contre-vérité voire mensonge.

Surtout celui-ci où KAI, le frère de Rainer, qui dirige une communauté chrétienne à Stuttgart, dément ses propos. Il révèle même que RAINER est un menteur, un escroc (plus de 10 condamnations, procès 24 juin 2020), utilisant son nom pour s’enrichir, se faire connaître et admettre dans certains milieux (interview du Sunday News du 26/07/2020).

Ces faits sont aussi corroborés par d’autres témoins.

Je laisse donc aux lecteurs(rices) le soin d’établir leur propre jugement. Mais aussi, pourquoi pas, de vérifier, d’infirmer, de compléter ou de démêler cet imbroglio ou polémique.