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Sophie Scholl 

1942 Sophie Scholl intègre le réseau de résistance allemand   » la rose Blanche  » crée par son frère Hans.

Au début du IIIé reich, contre l’avis de leur parents ( leur père est maire de Forchtenberg )  Hans et Sophie Scholl s’engagent dans  » les jeunesses hitlériennes « , mais le port de l’uniforme, le manque de liberté et l’idéologie nazie leur font très vite prendre leurs distances avec le National- socialisme.

Hans Scholl

Fin 1937, Hans est arrêté par la Gestapo et enfermé plusieurs semaines mais l’affaire sera classée grâce à une amnistie. La répression de l’État renforce l’esprit de liberté et de contradiction du frère  et de la sœur, surtout après que leur père a été persécuté au début de 1942 pour des déclarations critiquant le régime.

Hans étudiant en médecine à Munich a intégré la Wehrmacht. Il participe a de nombreuses conférences où il rencontre des personnes ayant les mêmes idées que lui sur le régime et avec lesquels il va bientôt fonder son groupe de résistance ( Alexander Schmorell (1917-1943), Christoph Probst (1919-1943), Willi Graf (1918-1943), et le professeur Kurt Huber (1893-1943) ).

De son côté, Sophie, après avoir suivi une formation d’enseignante de maternelle et une fois ses études terminées  en 1940, s’implique dans les activités du groupe dès son arrivée à Munich en mai 1942.

Au départ les jeunes résistants ce contentaient de produire et la distribuer des tracts anti-régime. Durant l’été 1942, les quatre premiers tracts sont publiés à quelques centaines d’exemplaires sous le nom de  » Dépliants de la Rose Blanche « . Ils étaient pour la plupart envoyés à des universitaires de façon anonyme, mais aussi à des aubergistes. Le nom  de la  « rose blanche   » n’avait d’autre signification que celle d’un nom de groupe simple, expressif et mémorable. Au départ les tracts  avaient un style très académique, citant Goethe, Schiller, Lao Tse …. et reconnaissant clairement les croyances fondamentales de leurs auteurs. Aujourd’hui encore, ils impressionnent par leur clarté dans l’analyse de la situation sociale sous le Troisième Reich et l’admission sans faille de sa complicité dans les crimes du régime hitlérien. 

A la fin de l’été, le groupe cesse pour un temps ses activités, Hans est envoyé pour un stage pratique sur le front de l’Est jusqu’en novembre. Grâce aux connaissances acquises durant son stage, les activités de résistance s’intensifient et s’accélèrent à son retour 
 Avec le 5ème tract intitulé  » Tract du mouvement de résistance en Allemagne. Appel à tous les Allemands !  » et le 6ème dépliant s’adressant directement aux  étudiants, le groupe a adopté un ton beaucoup plus radical et programmatique. 

Eugen Grimmingers

Grâce à l’aide financière d’Eugen Grimmingers (1892–1986), un ami de son père, les tracts ont été publiés à mille exemplaires sur Munich. Durant les nuits ils collent des affiches dénonçant le régime sur les murs de la ville. Dans le même temps, avec l’aide de  Willi Graf, le groupe tente d’élargir la résistance à d’autres universités. Des contacts avec d’autres groupes de résistance sont recherchés. 

En Janvier 1943, Sophie Scholl participe pour la première fois à la production d’un tract. Les brochures distribuées entre autres à Cologne, Stuttgart, Berlin et Vienne font sensation et conduisent la régime à une recherche intensifiée des auteurs. La Gestapo soupçonne fortement les auteurs des tracts de se trouver parmi le milieu étudiant de Munich.

15 février 1943 :  envoi de la sixième brochure avec l’appel à renverser le régime nazi et à construire une  » nouvelle Europe spirituelle « . Il est réimprimé en Angleterre et largué par des avions britanniques au-dessus de l’Allemagne. Le contenu est également distribué par British Broadcast Corporation (BBC).
18 février : Hans et Sophie  Scholl distribuent environ 1 500 brochures à l’Université de Munich. Un gardien les surprend et les dénonce. La Gestapo les arrête ainsi que  Christoph Probst ( 1919-1943 ), un autre membre de la  » Rose blanche « . 

Le procès de la Rose Blanche

22 février : Après trois jours d’interrogatoire le procès des membres de la Rose Blanche s’ouvre. Roland Freisler , venu exprès de Berlin, préside le tribunal. Hans et Sophie Scholl sont condamnés à mort avec Christoph Probst et guillotinés le même jour à la prison de Munich Stadelheim.

Quelques minutes avant de mourir, Hans s’est adressé à Roland Freisler : « Aujourd’hui vous nous tuez, demain, c’est vous qui serez à notre place ». Et, effectivement, le juge Roland Freisler est mort en 1945, sous un tribunal détruit par une bombe américaine.

Nos sources :

Le cycle des Grandes Révoltes propose d’analyser les grands mouvements à l’origine des bouleversements politiques et sociaux d’hier et d’aujourd’hui.

LA ROSE BLANCHE, RÉSISTANCE ALLEMANDE AU NAZISME

Sous le nom la Rose blanche, deux étudiants munichois se constituèrent, à partir du printemps 1942, en groupe de résistance contre le régime nazi. Ils s’appelaient Hans Scholl et Alexander Schmorell. Ils rassemblèrent autour d’eux un petit nombre de parents et d’amis. L’activité du groupe consista pour l’essentiel dans la diffusion de tracts, d’une haute tenue littéraire et philosophique, soutenant que tout Allemand qui ne s’opposerait pas ouvertement au régime nazi serait tenu pour coupable des crimes du régime.
Cette campagne de tracts dura jusqu’en Février 1943, date de l’arrestation de Hans Scholl et de sa sœur Sophie. Par sa forme organisationnelle et par son mode d’action, par la nature des thèmes qu’elle mit en avant, par sa composition sociale, la Rose blanche révèle que subsistait, dans la société allemande, un fond idéologique antérieur au nazisme et radicalement incompatible avec le tout-puissant régime. Au cœur de cet héritage, on trouve la spiritualité chrétienne, sans référence aucune à quelque idéal démocratique ou révolutionnaire que ce soit.
Aussi est-on tenté de mettre à l’écart ce qu’on peut appeler la doctrine de la Rose blanche. On se borne à admirer le courage de ses membres. Or, cela ne suffit pas. Leur doctrine importe ; elle annonce la forme qu’a prise, après 1945, la pensée politique allemande. On ne comprend pas l’Allemagne de l’Ouest naissante si l’on ne prend pas en compte une donnée : dans ce qu’elle avait de respectable, elle a été construite par des hommes et des femmes qui avaient exactement l’âge et la formation intellectuelle des membres de la Rose blanche. 

JEAN-CLAUDE MILNER

Né en 1941, Jean-Claude Milner est linguiste, philosophe et essayiste. Ses intérêts s’étendent de la linguistique à la philosophie politique et à l’analyse sociale. Après des études en classes préparatoires littéraires au lycée Henri-IV, il entre à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1960, où il suit l’enseignement de Louis Althusser et le séminaire de Jacques Lacan. Il a également effectué une partie de ses études aux États-Unis, se formant à la linguistique chomskienne au Massachusetts Institute of Technology. Il a été professeur de linguistique à l’Université Paris-7 Diderot et directeur du Collège international de philosophie de 1998 à 2001. Jean-Claude Milner a par ailleurs fondé et dirigé la collection « Philia », aux Éditions Verdier, de 1999 à 2004.

Son oeuvre explore les zones d’ombre de la pensée politique occidentale, avec des ouvrages comme Les Penchants meurtriers de l’Europe démocratique (Verdier, 2003) ou Pour une politique des êtres parlants (Verdier, 2011). En mai 2014, il publie Harry Potter. À l’école des sciences morales et politiques (PUF), où il analyse la série Harry Potter du point de vue des conceptions morales et politiques qui y sont implicites, où le monde de la magie permet de comprendre la société capitaliste actuelle.