PUPILLE ORPHELIN 23, rue de Bretagne 14000 Caen 06 60 14 53 62 pupille.orphelin@gmail.com
Un récit d’une rare précision, c’est celui qu’a livré Ginette à NEO!
Avec elle, nous vivons les actes de résistance de ses Parents, leur bravoure, la déportation du Père tant aimé qui se livrera au retour du camp, portant à tout jamais dans sa chair et dans son esprit les stigmates de cette déportation!
Cette Pupille de la Nation nous offre grâce à sa rencontre avec notre jeune Ami, un récit glaçant et bouleversant
Merci Madame, Merci à toi mon Ami qui nous accompagne sur les traces de notre chemin de mémoire!
“Souvenirs Amers”, souvenirs de Madame Ginette BRAEM, pupille de la nation, âgée de 83 ans, née le 7 mars 1938, rencontrée par NEO le 22 juin 2019

SOUVENIRS AMERS
4 novembre 1943…
La Gestapo met fin aux activités de Papa et Maman….
Motif des arrestations : ‘’Vol de munitions et d’explosifs ‘’
Derniers jours d’automne. ….Je n’avais pas tout à fait six ans.

Extrait registre d’écrou
PORTA Pierre Ligne 10- N°118 – PORTA Antoinette, née MAZZA Ligne 11- N°119

Né en 1906 dans une famille bourgeoise de Six-Fours la Plage, papa connaît une jeunesse douloureuse.
Orphelin à l’âge de 10 ans, spolié des biens familiaux par un notaire peu scrupuleux, il est envoyé en Italie.
Le voici exploité, le voici ‘’ servitù ’’dans une famille du Piemont.
Il vaque aux occupations de la ferme, dort sur une paillasse dans l’écurie et ne reçoit aucune instruction.
Maman vient au monde en 1915. Troisieme fille d’une famille modeste, sa jeunesse est heureuse.
C’est en 1937 que, revenu dans son pays natal , papa épouse maman.
Tous deux auraient pu connaître le bonheur mais un monstre sanguinaire va propager la terreur.
Notre pauvre France vit sous le joug du ‘ ’Führer ’’.

Une voix s’élève: « Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre , elle ne s’éteindra pas » Des hommes et des femmes vont répondre à cet appel.
Dans l’ombre ils poursuivront leurs activités clandestines, accomplissent des missions, commettent des actions ‘’ terroristes ’’, ainsi qualifiées par l’occupant.
Anonymes parmi les anonymes , mes parents seront de ceux-là.
1941- La Provence, répond au gouvernement de Vichy.
Nous habitons, perchée sur les hauteurs de Six Fours la plage, une vaste propriété exploitée par mes grands-parents maternels. Contactés

Réseau F2- S/Réseau AZUR- Secteur HARDI -Pseudo PORTE
Date d’entrée dans le Réseau Août 194I
Signature A.H. BRUN Ex Capitaine VOLTA
Maurice CARICHON , responsable de l’Agence HAVAS à Toulon présente papa à Émile BOUCHARD alias ‘’ Emmanuel ’.
Emmanuel confie au résistant sa mission. Le pseudo ’ ’Porte ‘’ glane des renseignements touchant aux mouvements des troupes ennemies dans le secteur de Six- Fours et Sanary, repère des lieux où l’on peut se procurer des armes.
Maman distribue des tracts, dans un premier temps Franc- Tireur puis Combat .
‘’ Le matin du 27 novembre 1942 , alors que j’étais dans le car me rendant à mon travail, nous entendîmes des bruits terribles et, me trouvant
placée à côté de la fenêtre, c’est avec stupeur que je voyais des soldats allemands, à pied, dépassant notre car. C’était moralement
terrible et j’avais le coeur serré, .j’appris plus tard que la flotte française s’était sabordée pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi’’ (Extrait Mémo A. PORTA)
Les troupes allemandes ont désormais envahi le sud de la France.
Sous l’impulsion de Jean MOULIN, les Mouvements Unis de la Résistance s’organisent. Les groupes ’’Franc-Tireur’’, ‘’Combat’’ et ‘’Libération-Sud’’ sont rassemblés en une force unique : L Armée Secrète.
Papa entretient une propriété agricole. Il prépare des cabas dans lesquels il dissimule des armes (Revolvers, balles grenades) qu’il recouvre de légumes frais.
Maman travaille à Toulon. Elle transporte ces dangereux fardeaux jusqu’au domicile de Maurice CARICHON.
Leurs missions désormais se font de plus en plus fréquentes et périlleuses.
Tous deux vont remettre à des tiers des faux papiers d’identité.
Papa participe à des sabotages de voies ferrées.
‘’ PORTA s’est toujours appliqué à bien faire. Il a travaillé avec conscience. Après son arrestation, lors des interrogatoires au cours
desquels lui ont été infligées des tortures horribles , son attitude a été plus que courageuse car une seule révélation de sa part aurait
pu amener mon arrestation et par voie de conséquence celle de bien d’autres résistants. L’arrestation et la déportation de notre
regretté chef Emile BOUCHARD dont nous devons tous respecter et honorer la mémoire a brisé notre contact avec le
mouvement…Quelques temps avant son arrestation BOUCHARD Emile nous avait annoncé notre inscription à Londres . ‘’ (Extrait
Mémo Maurice.CARICHON).
’’… pendant l’occupation allemande, j’ai signalé à PORTA Pierre que je connaissais bien un endroit où se trouvaient des armes qu’il est venu récupérer en compagnie de Pierre BOUCHARD……Je lui ai également signalé des armes dans un puits abandonné par l’armée
française qui ont été récupérées par la suite par BOUCHARD et PORTA ‘’ (Extrait Mémo Fernand GIORDANO)

Les habitations de notre quartier ayant été condamnées à la destruction par l’occupant, nous sommes relogés à Sanary-sur-Mer.
Pas rapides et claquants dans l’escalier, hurlements, cliquettements d’armes, puis… sanglots de ma grand- mère. C’était au soir du 4 novembre 1943 . Papa et maman, trahis, quittent l’appartement, encadrés par la Gestapo.
Je ne sais par quel miracle je fus épargnée, j’ai toutefois le souvenir fugace d’un doigt posé sur la bouche de ma grand-mère m’imposant le silence et d’une couverture couvrant intégralement mon corps. 

Pratiquement immédiatement après l’arrestation de mes parents, la Croix Rouge Française m’envoyait en Suisse. Je fus adoptée durant six mois par une merveilleuse famille genevoise.
‘’ A partir de la, sans savoir pour ma part qui nous avait vendu, nous fûmes conduits à la prison de St.Roch, mon mari au quartier des
hommes, moi, au quartier des femmes…, je réfléchissais et me demandais ce que je répondrais aux interrogatoires. Je ne savais
pas ce que je dirai, ne pouvant savoir si mon mari ne parlerait pas sous la torture. J’ai donc résolu de dire que je n’étais pas au courant
de ce que l’on nous reprochait et je m’en suis tenue là .
Sage décision puisque mon époux n’a pas parlé même sous la torture. Nous avons été confrontés environ un mois et demi après
l’arrestation. Mon mari n’avait déjà plus grand chose d’un être humain. Je l’ai à peine reconnu. Quant à moi, je dois être sincère, je
n’ai pas été torturée, seulement bousculée et subi des pressions du genre’’ Si vous parlez, on vous permettra de voir vos enfants. Mais je
n’ai pas été dupe ‘’ (Extrait Mémo A.PORTA)
Le 8 janvier 1944, maman, condamnée à 6 mois de prison est transférée à Marseille.
Le 22 janvier, à son tour, papa, condamné à mort est incarcéré aux Baumettes.
(Registre de la prison allemande de St.Roch exposé au mémorial du Mont Faron à
Toulon).
: « Le 8/01/44 n’ayant rien pu tirer de moi, j’ai été envoyée à la prison des Baumettes à Marseille. Je suis tombée très malade. Le médecin
de la croix Rouge, autorisé à venir nous visiter m’a fait des piqûres de « sel d’or » J’ai été libérée le 29 mars 1944. Je n’ai plus eu de
contact avec mon mari et l’ai retrouvé fin juin 45 dans un état lamentable » (Extrait Mémo A PORTA)
C’est le printemps. Je joue devant la porte d’entrée de l’immeuble à Ollioules où je vis désormais avec mes grands parents, une dame s’approche de moi, jette à terre un baluchon, me tend les bras. Maman est sortie de prison.
Plus tard, bien plus tard, nous sommes allées toutes deux durant des jours et des jours à la gare de TOULON attendre un train qui n’arrivait jamais.
Enfin …Le 22 juin 1945, un homme squelettique soutenu par deux infirmières descend d’un wagon, un grand cri « CHARLOT » puis des sanglots de bonheur.
Notre famille est enfin réunie.

Lorsque papa revient de MAUTHAUSEN, nous sommes dans un premier temps logés à la caserne Grignan puis dans un appartement situé au 26 de la rue Chevalier Paul à Toulon.
Dans ce sombre logement, j’ai vu mon père dormir à même le sol de la cuisine, son pauvre corps meurtri ne pouvait pas supporter la douceur d’une couche.
Papa ne m’a jamais parlé de ses incarcérations à Toulon, Marseille ou Compiègne, des souffrances endurées sans faillir sous la torture.
Par contre, Il évoquait souvent ce sinistre convoi 1199 du 6 avril 1944 : Le froid, la soif, les cadavres piétinés; L’arrivée au camp.
Tout comme ses compagnons, il avait franchi la porte de la sinistre forteresse surmontée de l’aigle nazi puissant et cruel dont les serres inexorablement allaient se refermer sur leurs espérances.

Ils avaient pénétré l’enfer, le KZ MAUTHAUSEN.

Ils ignoraient que ce camp de concentration et d’extermination se trouvait à quelques kilomètres de BRAUNAU, village natal de A. Hitler !
Le matricule 63001 au triangle rouge était hanté par ses souvenirs horribles.
GUSEN I, GUSEN II, Les Marches de la mort ’ ’ l es chambres à gaz, les crématoires .
Il me racontait le block , les fausses nuits de faux sommeil : Serrés les uns contre les autres en ‘ ’sardines ’’, ils tentaient de se réchauffer mutuellement sur leurs couches immondes. Dans leur étreinte, ils ne recherchaient qu’un peu de chaleur par ces nuits glaciales et, au petit matin, les morts que les ‘’ kapos ’’ sortaient de la baraque.
Il évoquait les plus faibles tombés lors des appels interminables, les condamnés accompagnés à la potence par un orchestre de déportés, les désespérés qui se jetaient sur les barbelés électrifiés.
Il parlait des cruautés: Les rires démoniaques des SS, les aboiements des chiens toujours prêts à bondir, la terrible chasse aux poux assortie de coups de « schlague ’’, les balles de revolvers tirées dans la nuque des ’’ traînards ’’ et les marches…Les 186 marches que l’on descendait en courant et remontait chargé d’un bloc de granit. Ces marches sur lesquelles tombaient d’épuisement des camarades, ces marches au pied desquelles venaient s’entasser ces esclaves du nazisme qui, dans leurs chutes entraînaient d’autres camarades.

Longtemps son pauvre corps a conservé la trace des souffrances endurées, ces plaies ouvertes, ces douleurs incessantes, mais la plus profonde des blessures demeurait en sa mémoire.
Jamais, jamais disait-il je ne pourrai oublier.
Ses rêves sombres lui rappelaient sans cesse les fumées, ces fumées amères crachées par les crématoires, ces funestes nuages .
En 1985 papa a fermé ses yeux pour la dernière fois, son pauvre coeur fatigué a cessé de battre.

Papa est ‘ ’MORT POUR LA FRANCE’’

Maman a rejoint dans la mort son époux, son Charlot adoré en 1999.
De nombreux drapeaux se sont penchés respectueusement devant leurs dépouilles et, sur les coussins reposaient les médailles.
Lorsque je m’incline devant notre caveau familial, ll me plait à imaginer que leurs pas traversent à présent un grand champs de blé inondé de soleil. Leurs mains caressent des épis généreux et des coquelicots bercés par un léger souffle de vent penchent leurs corolles vers notre belle terre de France.

Ginette BRAEM née PORTA, Adoptée par la Nation le 16/10/1947