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Un ciel sombre, un vent glacial, une cérémonie intimiste à laquelle nous avons eu l’honneur de participer grâce à l’invitation de Marc Dahan, Secrétaire des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la déportation, c’était le 27 janvier 2021, 76 ans après la libération d’Auschwitz !

Voici un extrait du discours que ce dernier a prononcé.

Qu’il soit remercié de nous avoir offert sa publication !

« Qu’il me soit d’abord permis au nom de l’AFMD, de l’ONAC et du musée de la résistance et de la déportation, de vous remercier et, plus particulièrement, parmi vous, les représentants des associations de déportés, d’anciens combattants et victimes de guerre, d’être présents aujourd’hui à cette cérémonie consacrée au recueillement et à l’évocation de la mémoire de l’Holocauste ainsi que de la prévention des crimes contre l’humanité.

Si cette cérémonie se déroule aujourd’hui en France, elle présente à Besançon, une dimension symbolique particulière puisque comme vous le savez, nous nous trouvons, ici, à quelques pas seulement des poteaux d’exécution de nombre de résistants francs-comtois, et tout proches également du « Musée de la résistance et de la déportation dont la fondatrice Denise Lorach a été elle-même déportée à Bergen-Belsen.

Je tiens à remercier monsieur le préfet d’avoir autorisé la tenue de cette cérémonie en cette période de pandémie et madame la maire de nous accueillir en ces lieux. Certes, nous sommes en comité restreint, sans tous nos amis, sans collégiens ni lycéens, mais il nous semblait important de maintenir ce moment de recueillement.

27 Janvier 1945, 27 Janvier 2021.

Il y a, en effet, 76 ans que l’armée rouge libérait le camp d’extermination d’Auschwitz et y découvrait l’horreur absolue.

En 5 années, plus de 1 million 100 mille hommes, femmes et enfants y ont été massacrés dont 900 000 immédiatement à la sortie des trains qui les y conduisaient depuis toute l’Europe, sachant que 90% étaient juifs.

18 janvier 1945, l’Armée rouge approche d’Auschwitz et les nazis décident dans la précipitation d’évacuer le camp. Près de 70 000 déportés sont rassemblés par les SS et jetés sur les routes, à pied, en train, dans la neige et la glace, en direction de l’Allemagne. Des dizaines de milliers ne survivront pas à cette terrible marche, victimes du froid, d’épuisement ou sous les balles de leurs gardiens en déroute. Ont été abandonnés au camp, les malades, et certains qui ont réussi à se cacher dans les baraques.

Le 27 janvier, vers 15h00, à l’arrivée des soldats soviétiques de la 60ème armée du front ukrainien, ils sont environ 7500 encore en vie, affamés, épuisés ou mourants. Seulement 2000 survivront.

Auschwitz était un complexe qui s’étendait sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés. Il y avait le camp principal, Auschwitz I, créé en avril 1940 dans une ancienne caserne, initialement pour emprisonner les détenus politiques polonais.

En 1941, commença la construction du camp Auschwitz II – Birkenau, camp de concentration mais surtout usine d’extermination.

En 1942, on construisit le camp Auschwitz III – Monowitz sur les terrains des usines Farben, où fut affecté Primo Lévi, et il faut ajouter une quarantaine de camps auxiliaires, construits en fonction des besoins d’usines métallurgiques, d’exploitations minières, de fermes agricoles, afin de fournir à l’industrie allemande des prisonniers comme main d’œuvre à bon marché.

Le camp d’Auschwitz-Birkenau n’a cessé d’être agrandi pour occuper une surface de 175 hectares sur lesquels il y avait plus de 300 baraquements. Il a pu contenir jusqu’à 200 000 prisonniers en août 1944. C’est là que la plupart des trains, venant de toute l’Europe, déversaient leurs cargaisons d’hommes, femmes, enfants, vieillards, parmi lesquels les plus fragiles étaient déjà morts de faim ou de maladie car les voyages pouvaient durer de 5 à 10 jours. Puis se faisait la sélection et, pour la grande majorité des déportés, c’était l’extermination immédiate via les chambres à gaz et les fours crématoires.

Une extermination implacable, organisée et efficace, qui a permis de réduire en cendres 440 000 juifs hongrois entre le 14 mai et le 7 juillet 44.

L’autre groupe de population que voulaient exterminer les nazis concerne les Tziganes. La majorité des 23000 Tziganes, regroupés à Auschwitz sont morts de faim, de maladies et d’épuisement.

Ces victimes de l’idéologie et de la politique conduite par les nazis, dite de la « solution finale », furent assassinées méthodiquement et, pour le plus grand nombre, d’abord au moyen des chambres à gaz, mais aussi par les traitements inhumains qui leur étaient continuellement infligés, par la malnutrition, la faim, les épidémies, lorsque ce n’était pas à la suite d’effroyables expériences médicales.

Tout cela dans le même temps que des massacres de masse étaient perpétrés dans toute l’Europe de l’Est et ce, en particulier par des « Unités mobiles de tuerie – les Einsatzgruppen » dépendant de l’armée allemande, massacres qui sont passés à la postérité sous le nom de « Shoah par balles ».

Il y avait quantité d’autres camps de concentration et d’extermination à l’Est mais aussi en Allemagne même. Je souhaite dire quelques mots sur le camp de Ravensbrück en hommage à Jean-Jacques Boy, disparu récemment à la suite d’une longue maladie et qui fut le président fondateur de l’association A la rencontre de Germaine Tillion. Jean-Jacques souhaitait que nous visitions ensemble ce camp situé à 80 km au nord de Berlin, mais sa maladie et la Covid nous en ont empêchés.

Le camp de Ravensbrück est situé près de la ville de Fürstenberg. A l’automne de 1938, environ 500 déportés hommes du camp de Sachsenhausen viennent construire les premiers bâtiments de ce camp destiné aux femmes.

Les premiers transports importants arrivent à Ravensbrück le 18 mai 1939 : 860 allemandes et 7 autrichiennes prisonnières politiques.

Le nombre des prisonnières s’accroît constamment ensuite, et, avec le début de la guerre, la composition du camp devient de plus en plus internationale. Au total, plus de 120 000 déportées d’une vingtaine de nationalités différentes sont passées à Ravensbrück, le plus grand camp de concentration pour femmes du Reich.

Les conditions d’existence à Ravensbrück sont tout aussi effroyables que dans les autres camps de concentration. De 1939 à 1945, on estime qu’environ 40 000 déportées y ont trouvé la mort. Il semble que la mortalité y soit restée relativement faible jusqu’en 1943, avant de s’amplifier, notamment du fait des arrivées massives de détenues, de la dégradation des conditions sanitaires et de la propagation du typhus.

Environ 8000 déportées françaises ont connu Ravensbrück dont Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle Antonioz. La majorité de ces prisonnières ont quitté la France dans des transports directs depuis Compiègne ou le Fort de Romainville

Arrivées les dernières avec les Russes, les Françaises étaient particulièrement maltraitées. Les Polonaises leur en voulaient d’avoir « abandonné » la Pologne en 1938. Elles étaient écartées des postes « privilégiés », sécurisants et des travaux moins durs. Comme l’écrit Germaine Tillion, « Pas une seule Française n’a été Blockova, Stubowas, Lagerpolizei (soit chef de block, chef de chambre, policière) ou encore cuisinière à l’exception d’une ou deux Alsaciennes et d’une Française mariée à un Polonais.

Beaucoup de ces Françaises avaient opté pour le statut de Verfügbar – sans affectation, c’est-à-dire disponibles pour toutes sortes de corvées. C’était pour elles une façon de refuser de travailler pour l’industrie de guerre nazie.

Les objectifs de cette journée du 27 janvier sont de favoriser la compréhension, la tolérance, l’amitié entre les nations, les groupes raciaux et religieux, en restant fidèles aux principes fondamentaux mais aussi, et surtout, d’éduquer les jeunes à la prévention des crimes contre l’humanité, en les incitant à mieux se connaître dans leurs diversités et leurs richesses mutuelles.

Car, si Auschwitz apparaît être le symbole du pire crime contre l’humanité, d’autres hélas l’ont suivi que ce soit au Cambodge ou au Rwanda.

Aussi, en ce jour, 27 Janvier 2021, que le récit, l’histoire, le souvenir de toutes ces victimes, de leurs souffrances et de leurs massacres se perpétuent à jamais et plus particulièrement aujourd’hui où la « bête immonde », pour reprendre les propos de Bertold Brecht, recommence à donner des coups de crocs et de griffes, en attaquant, au sens propre et au sens figuré nos démocraties, ainsi que les fondements mêmes de nos Etats de droit.

Que, bien au contraire, nos démocraties puissent se montrer accueillantes pour celles et ceux qui sont condamnés, au péril de leur vie, à quitter leur pays et leurs régimes tyranniques, voire à tenter d’échapper aux crimes contre l’humanité dont ces régimes sont les auteurs.

Ainsi, en ce jour du 27 janvier 2021, que la mémoire de toutes celles et de tous ceux qui ont disparu, qui ont été sauvagement assassinés, massacrés, torturés dans des circonstances d’une cruauté inouïe, abominable, à la limite de l’indicible, voire de l’impensable, soit honorée. »