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                                         Odile BENOIST-LUCY

Née en 1926, issue d’une famille de 8 enfants, 6 garçons et 2 filles. Un garçon Henri est né d’un 1er mariage de sa mère.

Un frère Charles décédé à 5 ans lors d’un accident.

Le père militaire, officier de cavalerie, leur donnera une éducation stricte : essentiellement courage, dignité.

Odile et sa sœur Germaine iront chez les sœurs de la Nativité de Saint Germain en Laye1, lieu de résidence de la famille.

L’âme de la famille est leur mère, même si une gouvernante Tchèque et une cuisinière sont aussi présentes. (des souvenirs qui lui remonteront pendant la captivité ).

Eté 1938 : comme chaque année la famille part à MAUZIN en Auvergne pour l’été et à Val-André (Côtes d’Armor) en Septembre.

Eté 1939 : direction la Bretagne dans leur voiture, une Chenard-Walker, avec un arrêt déjeuner chez leur tante à BRIOUZE, résidence d’été de cette dernière. Le père tout de même inquiet, rappelons-nous il est militaire, désire écouter la radio. Il apprend que la mobilisation générale est décrétée, nous sommes le 3 septembre. Conscient de la situation il rejoint son unité sur le champ.

Que va devenir la famille maintenant ?   Ils sont 6, le frère aîné Henri étant aussi mobilisé.

Leur mère ne conduit pas, chose courante à l’époque. La tante en parle au curé du village qui leur propose de les loger dans le presbytère. De temps en temps la mère se rend à Saint Germain en Laye rejoindre son mari.

Début Octobre la famille s’installe à Flers de l’Orne dans une aile de la maison d’une modiste. Odile poursuit ses études par correspondance, elle est reçue à HEC. Les frères et sœurs fréquentent l’école. La vie se déroule studieuse mais aussi insouciante, l’apanage de la jeunesse, et sportive faite de beaucoup de sorties à vélo.

Devant l’avancée de l’armée allemande leur mère, prudente, les emmène en Auvergne chez son frère.

Mais voilà ! Comment y aller ?   A vélo, bien entraînées par les balades de Flers les 450 km seront faisables, même pour leur frère Yves, 12 ans, à condition de faire quelques arrêts.

Donc plusieurs escales dans les villages, dans les fermes pour la nuit, dormir sur la paille, le foin dans un lit (rare).

Leurs 2 frères Bernard et Paul les quittent, car paraît-il les jeunes hommes sont enrôlés par les allemands.

Un long périple, avec son cortège d’ennuis : bombardements, vélo dans le fossé lors des passages d’avions. Ils resteront même cachés 48 h dans une ferme, le temps qu’un proche danger s‘éloigne. Puis tout le monde repart, mais Yves est fatigué. Sa mère l’encourage, le traîne. Ils espèrent que quelqu’un s’arrêtera pour le prendre, mais non personne.

Enfin les Monts d’Auvergne sont en vue, la famille les découvre avec joie et surtout soulagement.

Arrivés à leur destination ils s’aperçoivent que les 2 frères qui les avaient quittés sont déjà là.

Quelque temps après la mère d’Odile s’installe à Courpière avec Geneviève, la sœur d’Odile et les 3 frères qui vont y poursuivre leurs études.

Odile rentre à Paris pour faire sa 2 éme année d’HEC (rue Mayet dans le 6 éme). Elle y rejoint son père qui, démobilisé travaille dans une compagnie d’assurance. Elle loge chez une cousine proche d’HEC dans le 17 éme.

Hiver 40/41 : à Paris on manque de tout, c’est ville morte, il y a le couvre-feu, il fait froid et Odile, pour trouver un peu de chaleur, descend dans le métro pour étudier. La place Vauban est calme, déserte, Odile trace des croix de Lorraine sur la route face aux Invalides et même sur les murs : c’est la résistance d’une adolescente.

Odile, 21 ans, est arrêtée le 30 Novembre 1942 à Saint Germain en Laye avec sa sœur qui taguait les murs des résidences pendant qu’Odile faisait le guet. Ce qu’elles ignoraient c’est qu’un officier allemand les observait. Les voilà emmenées au commissariat de police.

Pendant ce temps, l’information ayant circulée, les allemands perquisitionnent chez leurs parents et y trouvent des tracts dans les tiroirs des chambres de filles. Donc preuves irréfutables de leur engagement patriotique.

1er décembre : direction Maisons Laffitte. Remises aux allemands qui les interrogent pendant plusieurs heures. Transfert à Fresnes pout y être enfermées dans d’étroites cellules, sans pouvoir ni se mettre debout, ni s’asseoir. Elles sont ensuite « jetées » dans une autre cellule, mais Odile est séparée de sa sœur Germaine.

22 décembre 1942 : le tribunal allemand de Saint Cloud les condamne à 5 ans de travaux forcés.

8 janvier 1943 : départ de Fresnes pour la gare de l’Est et mises, les 2 sœurs réunies, dans un wagon. Les parents sont prévenus mais ignorent tout de leur destination. Le train va de gare en gare : Karlsruhe, Mannheim, Ludwigshaffen, Sarrebrück, Cologne et enfin Luxembourg donc de prison en prison pour égrener les prisonniers.

4 Février 1943 à fin Avril : à Cologne Odile est séparée de sa sœur et se retrouve dans une cellule en compagnie d’une Hollandaise. Leur travail, fixer des boutons-pressions sur des cartes. Beaucoup de bombardements2 interrompent le travail, cassent le rythme.

Le 22 Avril 1943 : direction le camp de transit à FLUSSBACH, près de Trèves, pour une 1 ére fois de mi-décembre à mi- Avril 1944. Elle y revêt des habits de prisonnières, parfois elle croisait sa sœur.

Le 23 Avril départ vers GILLENFELD, une fabrique de pommes de terre séchées, destinées aux troupes allemandes, avec un travail 24 h sur 24.

21 juin au 4 juillet : fabrique de limonade (après un nouveau transit par FUSSBACH). Là il fallait prendre les bouteilles pleines qui arrivaient sur le tapis et les mettre dans des caisses appropriées et vite repartir sur la chaîne d’arrivée des bouteilles…………des prisonnières robotisées en quelque sorte !

Fin juillet : WITTLICH dans une blanchisserie. Uniformes, linge divers entaché de sang, draps des hôpitaux arrivaient pour traitement. Cela pendant 2 mois ½.

Puis nouveau retour à la « limonade ». Pour se soustraire au travail Odile pense à chuter d’une échelle, mais chose réalisée elle n’a rien de grave sauf que le « Vautour3 » alertée l’a mise au cachot du 19 Octobre au 10 Novembre 1943.

Punition accomplie Odile est convoquée chez le « Vautour » pour y être interrogée. Elle garde son sang-froid, sans trembler et résiste à toute provocation. Le « Vautour », sans doute impressionnée, change d’attitude et lui recommande d’apprendre l’allemand. Puis l’affecte aux cuisines ce qu’Odile prend comme un miracle. Elle porte les repas aux N&N, prend quelques messages qu’elle confie à des prisonnières de droit commun bientôt libérées afin qu’ils soient remis à leur destinataire.

Odile dans ce nouvel élément parvient à tenir moralement et consigne ses impressions dans un carnet, que lui a procuré Mr ZEUS4, et qu’elle dissimule dans……. sa culotte.

Arrive à ALLENDORF. Elle a perdu la foi, elle qui pourtant a été élevée chez les sœurs, foi qui  reviendra au bout d’une dizaine d’années. Mais elle est encouragée par des femmes Belges, Luxembourgeoises ou Bretonnes rencontrées en cellule.

Déception :  une prisonnière libérée avant elle lui demande l’adresse de ses parents pour leur porter des nouvelles. Odile s’exécute, ses parents reçoivent cette personne qui leur annonce qu’elle a fait évader Odile et sa sœur Geneviève et que ces dernières les attendent à Paris. Hélas sur place il n’y a personne, retour des parents chez eux où ils découvrent que la personne, à qui ils avaient offert quelques jours de repos, a vidé armoire, garde robes etc..

Entre Avril et Septembre 1944 : « Vautour envoie Odile à MANDERSCHERD (à côté d’Eifeil) pour effectuer toute sorte de travaux pour l‘armée : entretien de chambres occupées par une cinquantaine d’enfants, des WC, de leur épandage ainsi qu’au déblaiement des ruines.

Début Septembre les enfants partent, remplacés par des soldats.

De retour à FLUSSBACH Odile est persuadée que la libération approche.

13 Septembre : bruits de combats, de canon. Les alliés seraient à 30 km, on distribue des vêtements civils.

Nuit du 16 Septembre : un train part pour ALLENDORF (une réplique de Ravensbrück) dépendant de BUCCHENWALD. Descente du train, vision cauchemardesque de corps décharnés. Le travail a lieu dans l’usine d’armement du camp pendant 6 mois (17 septembre au 27 mars 45). Le froid, la faim la fatigue extrême sont insupportables. Il faut cependant fabriquer les obus en oubliant parfois d’y mettre une petite pièce, un petit sabotage en somme. Quelquefois la fatigue faisait commettre cette action. Mais le gros problème était la faim.

Au camp de ZIEGENHAIN le 29 Mars à 2 h, départ à pied vers la gare puis montée dans un wagon à bestiaux.

31 Mars : arrêt à Bergen-Belsen pendant 4 jours.

4 avril :  départ vers Hambourg et sa prison le 5.  Les troupes américaines étaient dans Hambourg.

Du 1er au 6 Mai : attente d’une libération définitive.

Le 16 Mai Odile croise des Anglais leur annonçant un prochain départ, donc un espoir grandissant. (Sa sœur a été libérée le 22 Avril par les Français.)

Libre mais enfermée jusqu’au 21 Mai jour du départ pour Lille puis enfin Paris.

Arrivée gare du Nord le 26 Mai. Toute la famille est sur le quai pour l’accueillir avec joies et larmes.

Halte traditionnelle au LUTETIA lieu de recensement et de recherche des soldats.

Odile et sa sœur ne parlaient pas de leur détention et mettront quelques temps à récupérer leurs forces. Le cauchemar est présent dans leurs nuits.

En 1946 un séjour à la neige avec sa sœur à Villars sur Ollon (invitées par la Suisse) va leur procurer un regain de santé, la montagne, son silence, son environnement seront très bénéfiques les 2 sœurs « reviennent » à la vie.

Une courte incursion dans le Suffolk (GB) pour garder une petite fille, mais plutôt pour apprendre l’anglais.

A son retour, Odile trouve un travail en Belgique dans l’import-export et loge chez des cousins. Démissionne bientôt et en Janvier 1950 part au Maroc dans un poste auprès du directeur d’une banque de Rabat.

Elle est de retour 3 ans après mais le traumatisme perdure : difficulté à supporter les contraintes, une liberté individuelle jalousement défendue raison pour laquelle dit-elle ne s’être jamais mariée.

Elle occupera un poste aux affaires sociales de la CEE en 1960 et un autre au bureau de l’OCDE en 1968.

Entourée par sa grande famille ,100 neveux, petits neveux, arrières petits neveux elle est heureuse.

lors d’un café littéraire en 2015

Notes :

1°) créé par Madame de Maintenon.

2°) Cologne a été entièrement détruite.

3°) Femme cruelle régnant sur le camp.

4°) Allemand anti-nazi vivant près du camp de FLUSSACH et qui désirant me rendre service, m’avait

procuré carnet et crayon.

 

Source : livre « Nous étions résistantes » de Sophie CARQUAIN. Août 2020. 

Mensuel « Notre Temps ».

NDA : le récit fait sous forme de successions de dates est voulu pour montrer combien le parcours d’Odile a été chaotique et épuisant.