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Jœuf | Le saviez-vous ?

Mercedes d’Hitler : l’itinéraire rocambolesque passait par Jœuf

Avant-guerre, Hitler avait passé une commande spéciale au constructeur Mercedes, donnant naissance à la Mercedes 770 K, également appelée Grösser Mercedes. L’un des exemplaires avait été pris par les troupes du général Leclerc à Berchtesgaden. Réparée par un Lorrain, elle chemina jusqu’à Paris, avant d’être exposée un peu partout afin de collecter des fonds pour les veuves et orphelins de guerre.

Par Olivier CHATY, avec la collaboration de Roger MARTINOIS

La Mercedes 770 K d’Hitler est exposée au musée Henri-Malartre, à Rochetaillée-sur-Saône, près de Lyon.  Photo DR

« La Mercedes d’Hitler était stationnée à Jœuf au coin de la droguerie Fays. » Roland Druminy était tout jeune, nous sommes en 1952. Membre du cercle pour la promotion de l’histoire de Jœuf, il se souvient : « Devant le stand, il y avait un homme qui la présentait, ouvrait les portes, la décrivait. C’était juste après la guerre et je n’avais pas d’argent ; je ne me rappelle pas avoir dû payer quelque chose. J’ai le souvenir du blindage très épais et d’un détail : quand il fermait la portière, le marchepied se refermait ! »

Dans les colonnes du Républicain Lorrain en date du vendredi 24 octobre 1952, on pouvait lire que cette voiture serait « exposée au carrefour de la rue de la Gare et de Franchepré ». Pour la voir de près, il fallait payer. « Une partie de la recette serait reversée au profit des anciens prisonniers de guerre. Une raison pour aller contempler ce symbole de la barbarie nazie, à percevoir désormais comme un trophée de guerre », pouvait-on lire à l’époque.

Une consommation de 60 litres au 100

Ce modèle avait constitué une commande spéciale qui allait donner naissance à la Mercedes 770 K, également appelée Grösser Mercedes. Et pour cause, elle pèse 4,5 tonnes et mesure 6 mètres de long pour pouvoir contenir aisément sept personnes. Les plaques de blindage atteignaient 18 mm et les vitres de 3 cm d’épaisseur étaient à l’épreuve des balles.

Le moteur, très puissant pour l’époque, l’emmenait à 160 ou 200 km/h selon différentes sources. Évidemment, la consommation est en rapport avec le côté hors normes de cette voiture : à une vitesse de 80 km/h, elle engloutit la bagatelle de 60 litres d’essence au 100 ! Plusieurs ont été construites, l’une d’elles a été vendue aux enchères.

Un Meurthe-et-Mosellan l’a réparée

Le véhicule de passage à Jœuf en 1952 avait été saisi par les troupes du général Leclerc à Berchtesgaden, nid d’aigle du führer dans les Alpes bavaroises.

René Grandjean , de Villers-lès-Nancy, s’est éteint en avril 2018. Ancien résistant et membre de la 2e DB, il s’était vu confier, à l’issue de la guerre, la mission de restaurer la voiture d’Hitler par le général Leclerc qui désirait que les vainqueurs paradent devant les Allemands après la capitulation. Aucune pièce vitale n’était endommagée malgré le fait que les nazis avaient tenté de la saboter.

Ensuite, la voiture fut confiée à un autre militaire de la 2e DB, François Levêque. Sa mission : ramener la voiture du Führer à Paris. Un cadeau du général Leclerc au général de Gaulle. L’automobile a bien été ramenée à Paris en 1945. Jeanne Lévêque conserve encore une photo montrant François, son frère, au Trocadéro avec la grosse berline.

Présentée au général de Gaulle, celui-ci ne l’a pas gardée. La voiture a voyagé par la suite une dizaine d’années en France, et donc à Jœuf, mais aussi en Belgique et en Hollande, afin de collecter des fonds pour les veuves et orphelins de guerre. Depuis 1969, cette Mercedes 770 d’Hitler est exposée au musée Henri-Malartre , à Rochetaillée-sur-Saône, près de Lyon.