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Résistant haut-varois, membre des Francs-Tireurs et Partisans (FTP),
Ravitailleur du maquis Faïta, dont sont issus les martyrs de la Limatte (janvier 1944),
Engagé volontaire dans les Spahis de Reconnaissance, au sein de “Rhin et Danube”

Des centaines de témoignages, des centaines d’élèves sensibilisés aux idéaux et valeurs de la Résistance, c’est le récit d’une vie dont l’idéal fut de RESISTER.
Il a partagé cet idéal, son parcours qui le conduira de Gonfaron à la frontière Autrichienne, avec notre jeune génération de lycéens et collégiens.

Ce récit nous raconte comment jour après jour le jeune René est entré dans la Résistance, puis s’est engagé.
Les faits relatés sont parfois durs, mais c’est la vie, la parole d’un homme engagé tout au long de sa vie, puisque ce sera un élu au service de ses concitoyens par la suite.

Le message dans les lycées est sans équivoque, il pouvait se permettre de le dire !
La lecture peut vous paraître longue, il n’en est rien ! Elle est passionnante !

NEO a restitué intégralement les propos dans ce long résumé.

La voix de René s’est éteinte, son témoignage demeurera. Il concluait ses interventions par ces lignes :

Nous ne sommes pas des Héros, nous avons fait ce que nous avons pu.
Si nous sommes devant vous aujourd’hui, Jeunesse de France, c’est parce que l’on vous aime.
Si nous nous sommes battus, c’est pour que vous puissiez vivre LIBRES !

NEO a entendu cet appel, et c’est ce récit intégral qu’il nous propose, concluant par « ce qu’il a retenu de l’homme dont le regard porte toujours vers l’avenir et la jeunesse !»

Christiane DORMOIS

René, 1924-2020

Résistant gonfaronnais, ravitailleur du camp Faïta, maquis FTP varois, vétéran du 3° Régiment de Spahis

« En juin 1940, j’ai 16 ans. Lors de la débâcle, je suis chez des parents à Berre-l’Etang où j’apprends le métier de boucher. Mon père étant décédé, je repars avec ma mère et ma sœur à Gonfaron chez mes grands-parents. Nous partageons tous le même avis sur la situation dans laquelle nous sommes plongés, mon grand-père ayant toujours été un ardent républicain…
Dans le milieu de l’année 1942, je suis embauché dans la mine de plomb de Saint Doma grâce au maire de la ville pour ne pas partir en Allemagne pour le STO. Je suis contacté un jour par un Résistant du Luc qui me demande d’aider le camp Faïta, un petit maquis sur la colline, le lieu-dit “Cargue”. Il me demande d’alimenter, de mener le ravitaillement, en particulier du pain au maquis !

Ce maquis avait été formé par des jeunes ayant organisé une Résistance sur le haut de Ste Maxime. Ils avaient été délogés par les GMR et sont venus atterrir sur le plateau gonfaronnais.
Jean Bertolino, un syndicaliste toulonnais s’était évadé de la prison de Marseille. Yolande Martini, une Résistante qui travaillait à la mine du Pic Martin le reconnaît sur le bord de la route. Elle fait arrêter la voiture qui transporte les ouvriers du Pic Martin et le fait monter avec eux, sans dire son nom, le présentant comme « un parent » tout simplement. Elle l’héberge pendant deux jours, dans un petit hameau entre le Luc et les Mayons. Elle prend contact avec les jeunes ouvriers susceptibles de les rejoindre.
Jean Bertolino devient le responsable d’un petit groupe de Résistants. C’est de là que naît notre maquis, le camp Faïta. Il porte le nom d’un jeune membre du groupe « Jean Robert », condamné et guillotiné à Nîmes. Comme le camp Robert, du « toubib », le docteur German, notre camp prend une ampleur considérable avec le STO.
En janvier 1943, il y a au camp quarante-sept maquisards, lorsqu’ils partent pour se disséminer un peu partout, ils sont cent-quatre-vingts. Les gars du maquis font des coups dans les mairies pour prendre les cartes d’alimentation. Il faut trouver un boulanger qui accepte de transformer ces cartes en pain.
A Gonfaron, nous trouvons un boulanger qui habite non loin de chez mes grands-parents. Il accepte de nous aider, c’est avec lui que j’ai pu faire le trajet quotidien… Il m’avise que « tel jour, telle heure, rendez-vous pour prendre possession de deux sacs de pain », et là, il me reste à cheminer discrètement dans Gonfaron que je connais comme ma poche. Je sais également où les nazis sont cantonnés et leurs lieux de “visite”, ce qui nous permet d’assurer notre sécurité car, si je suis pris, ce n’est pas tellement moi le problème mais le boulanger qui aurait été facilement retrouvé.
Juste avant la mine de St Doma, il y a une grande propriété où je laisse le pain attaché à des arbres, pour ne pas qu’il soit pris par des bêtes. Je sais qu’il y a du monde derrière ces murs, mais je n’ai jamais vu personne.
Personne (ou presque) ! Un ouvrier agricole de cette grande propriété me recueille après le laps de temps du dépôt puisqu’il est trois heures du matin. Ce migrant italien sait très bien ce que je fais mais ne m’a jamais posé une question. J’appuie trois fois à sa porte puis trois « tac » plus lents. Il m’accueille toujours avec un café fait avec du gland grillé qui nous réconforte. Ensuite, je pars travailler normalement à vélo. A l’arrivée, on me demande toujours pourquoi venir en vélo, je leur réponds : ça me maintient en forme, et c’est vrai !

J’ai fait quelques autres actions mais tout se prépare verbalement entre le responsable du Luc et moi. Quelqu’un qui vient en vélo du Luc m’apporte les messages de ce responsable lorsque l’on ne peut pas se voir. Je ne connais pourtant pas les Résistants de Gonfaron, c’est très cloisonné. A l’exception près du directeur de la maison de retraite du Luc qui facilite la transaction du ravitaillement, puisqu’il a la possibilité de stocker les aliments chez lui.
Au camp Faïta, les Résistants ne peuvent pas faire de feu pour ne pas se signaler. Lorsque les bergers acceptent de nous donner une ou deux bêtes, le directeur cuit la viande et elle peut partir pour le camp Faïta. Ce sont les trois personnes que je côtoie dans un premier temps, on forme un trio qui participe à toutes les actions que nous pouvons faire. Un jour, avec deux personnes de Pignan, nous projetons de faire sauter la voie, entre Pignan et Gonfaron. Le responsable du Luc, qui a des antennes au Thoronet peut avoir de quoi faire sauter la voie.
La première fois, nous entendons un grand boum, mais très peu de dégâts. La deuxième fois, sans explosifs mais avec l’aide des cheminots de Carnoules, qui nous prêtent le matériel pour dévisser, on enlève les traverses, les boulons sont jetés dans les vignes d’à côté, les rails dans les champs pour qu’ils ne puissent pas les récupérer. Pendant quarante-huit heures, la voie est inutilisable.
Il y a une autre action par la Résistance du Cannet-des-Maures, entre Gonfaron et le Luc auquel je ne peux pas participer. Un jour, nous sommes informés par deux Résistants de Pignan de deux épiciers qui font du marché noir. On nous annonce qu’on pourrait y trouver des vivres du camp Faïta. Rejoint par trois jeunes du camp, on entre d’une manière un peu brutale dans le commerce. On lui demande de nous donner toutes les denrées qu’il vend au marché noir. Il s’exécute, c’est une belle prise. Il y a des pâtes, du jambon, du saucisson, toutes sortes de charcuteries, du miel… de tout ! Les jeunes sont repartis chargés, en laissant une partie à Pignan vu qu’ils ne peuvent pas tout transporter. Le visage et les yeux de ces jeunes gens brillent avec toutes ces denrées que l’on ne voit plus sur le marché normal. Ils les emportent pour leurs amis au maquis. Ça a été une action très importante pour moi, pour ces jeunes qui souffrent du froid, de la faim, de la pluie, un réconfort qui leur apporte un peu de chaleur !
Il y a aussi un gars du Luc qui fait du marché noir de vêtements avec des couvertures, des pantalons, des costumes… Nous avons su où il garde les fournitures : dans une bâtisse recluse entre le Luc et les Mayons. On fait une intrusion et les jeunes prennent toutes les couvertures, les bas, un peu de tout ce qui peut les préserver du froid, même des costumes ! C’est ma deuxième action contre le marché noir. Certains maquisards font une intrusion dans les Chantiers de Jeunesse, au Cannet-des-Maures et ont pris tout ce qui peut les couvrir du froid, de la pluie…

Beaucoup de gens qui n’ont rien à voir avec la Résistance, mettent le brassard FFI dans les dernières minutes, voir d’autres qui tournent leurs vestes… Le Président du Conseil Communal de Libération de Gonfaron était président du Conseil des Travailleurs. Il laisse piller tout le matériel du Cercle des travailleurs et laisse la police italienne enfermer pendant une semaine des gonfaronnais.
Il est rentré dans un trou de rats en 1940 et en est ressorti en 1944… Je ne lui ai jamais pardonné.
Un jour, je suis avisé par les responsables du Luc dans un message que le débarquement aura lieu entre le 15 et le 16 août. J’ai bien calculé où me positionner pour réceptionner les commandos. Le meilleur endroit est l’arrivée de la route des Mayons de Collobrières et de Notre-Dame-des-Anges. Vers trois heures du matin, j’entends des pas qui arrivent du côté de la route des Mayons, dans la pénombre je vois quatre personnes, deux de chaque côté. Après un furtif regard, je suis sûr que ce ne sont pas des nazis. Je tousse et, automatiquement, j’ai quatre mitraillettes contre le ventre. Ils s’approchent et je leur dis « Résistance ». Ces Commandos canadiens m’expliquent qu’ils doivent occuper le centre du village. Je les emmène en faisant très attention puisque je sais où les nazis sont cantonnés. Ils se positionnent : un se met vers la fontaine de l’horloge, deux dans le coin de la pharmacie et le dernier reste avec moi rue de La Poste. Un convoi de soldats nazis arrive du Luc, au lieu de les arroser, ils ont attendu. Les nazis n’ont pas hésité et ouvrent le feu. Plusieurs rafales de mitraillettes et, un du coin de la pharmacie est tombé sur la route. Je fais signe au quatrième de partir et je rentre chez mes grands-parents. J’ai ma chambre au deuxième étage, j’entends arriver des chenilles. Elles s’installent en face du boulanger qui me fournissait le pain. Je ne sais pas si ce sont des Alliés ou des nazis. Je me mets à la fenêtre avec le fusil de chasse de mon grand-père. Il n’a jamais rendu le fusil et les munitions. Il était caché derrière la porte dans la chambre. A un moment donné, je vois arriver de la rue Marceau, une rue où sont cantonnés les nazis, d’eux des leurs, bardés de quatre grenades. J’ai compris qu’ils en veulent à ce char, il est donc Allié. L’un des d’eux se met dans l’entrée de la maison Hubert, l’autre est camouflé derrière l’escalier de la maison face à la petite fontaine.
Je ne sais pas si c’est parce que j’ai vu tomber les trois commandos mais je me suis mis à la fenêtre et je me suis dit « Bon, il faut entrer en Résistance, il est temps de rentrer dans le vif du sujet ». Je n’ai pas hésité. Celui qui est devant la maison Hubert tombe, l’autre lâche son fusil et repart en titubant vers la rue Marceau. Je me suis dit qu’il faut avertir avec une certaine précaution le char. Je sors de la maison de mes grands-parents par une petite impasse qui ne débouche pas sur la route principale. Je croise le fils Nourasque rue Portail de Fabre et nous nous dirigeons derrière la vieille église pour rejoindre le char. On se signale au gars du char qui nous demande d’approcher. On leur expose les endroits par lesquels les nazis peuvent venir : ils sont cantonnés au château de Gendarme de Bévotte, d’autres à La Bastidasse, au fournil de Mme Girardo… Il n’est pas facile de se faire comprendre, le chef parle quelques mots de français, nous lui faisons de grands gestes… Il me demande ce qui s’est passé pour les coups de feu, je lui donne l’explication. Je lui demande de me couvrir pour récupérer les armes des deux nazis. C’est ce qu’ils font et nous sommes ainsi également armés. Un autre char se trouve à la sortie du village sur la route du Luc, il tient la route secondaire proche de la propriété de La Bastidasse où sont cachés les nazis. On entend une grande fusillade du côté du Luc : une voiture avec quatre officiers nazis est prise dans une fusillade, les quatre officiers sont morts. D’autres sont retranchés dans ce qu’ils appellent la charcuterie. Les nazis avaient installé cette charcuterie qui les ravitaille sur tout le département. Mario Aimé et Ferreiro Blaise me donnent des renseignements, ils prennent les armes des trois commandos canadiens et sont également désormais armés. Nous nous dirigeons vers la place Bert. Nous, qui connaissons la ville comme notre poche, n’avons pas de difficulté à passer par derrière pour les prendre à revers. Ils sont tapis sous la dalle du garage, ceux qui sont valides lèvent les mains en l’air et nous les faisons prisonniers. Nous les mettons derrière les grilles de l’Église et Nourasque les garde. Ensuite, le chef de la chenille américaine sur la route du Luc me fait monter sur le char et me met des écouteurs. J’entends une voix parlant bien le français. Cette voix nous félicite et nous demande si nous pouvons diriger le char vers la Bastidasse, je réponds par l’affirmative et nous voilà partis avec Blaise et Aimé sur le char. Nous sommes sur la route de Repenti, de l’autre côté de la route des Mayons. Nous entendons de l’autre côté des bruits de chars, le chef nous explique que d’autres chars attaquent la propriété de l’autre côté et que nous devons tenir le côté nord. Sur place, nous entendons des fusillades importantes, le pont menant à la Bastidasse est trop étroit, ce qui nous empêche d’aller plus loin. La bataille a été brève mais intense. Un drapeau blanc se montre à la sortie, les nazis se rendent les bras en l’air et ceux de la route des Mayons prennent en charge les prisonniers. C’est la Libération…

La population commence à sortir dans sa majorité pour accueillir les Libérateurs. J’ai été déçu par le fait que certaines personnes, que je n’avais jamais vues, mettent le brassard tricolore FFI à la Libération.
Mario Aimé (tombera pendant les combats pour la Libération de Marseille), Yolande et Charles Martin, la famille Audibert… tous sont présents. Pendant deux jours, on a cherché partout pour voir si des nazis ne sont pas cachés dans les environs.
Deux jours après, les troupes françaises arrivent, je m’engage pour toute la durée de la guerre dans le 3ème Régiment de Spahis Algériens de Reconnaissance. Un régiment assez disparate qui avait participé à la Campagne d’Italie, (mes camarades me parlent souvent de Monte Cassino…), au débarquement en Provence et à la Libération de Toulon. Il y a des Algériens, Mohamed et Oulmi, deux gars du Sud-Ouest, un Juif qui a laissé sa vie et deux ou trois autres personnes dans mon groupe. Nous participons à la Libération du Beausset, d’Ollioules et d’autres petits hameaux du Var. Nous reprenons la route vers Grenoble pour faire la jonction avec les troupes débarquées en Normandie.
De ville en ville, je me rends compte que nombre de villages et villes, dont Grenoble sont déjà libérés par la Résistance.
A Baume-les-Dames, dans le Doubs, il y a une voie ferrée qui débouche sur un grand souterrain. On fait cantonner les nazis dans ces souterrains. Nous débarquons dans le tunnel mais les nazis font une contre-attaque. Notre seul char est un obusier, les leurs sont très performants. Alors que nous nous posons avec quelques mitrailleuses sur les routes d’une école, on m’appelle :
« René, viens voir, il y a des gens en noir qu’on n’a jamais vu !».
En voyant le sinistre uniforme, je lui réponds « Ce sont des miliciens !». Face à tous mes camarades, je répète « Pas de quartier avec eux » et les miliciens ont payé de leur engagement contre la République, ce jour de septembre 1944 à Baume-les-Dames.
Nous nous retirons faute de matériels. Malgré tout, lors de la dernière contre-attaque ennemie, je me suis mis dans une cage à lapins vide proche des cantonnements nazis. J’ai observé pendant plusieurs heures les chars nazis et vers la fin de l’après-midi, j’ai pris la résolution de rejoindre mes troupes et je suis remonté discrètement au Col-de-la-Ferrière où le régiment est installé. Celui qui est de garde est maltais, lorsqu’il me voit arriver, il sort l’arme et dit « Qui va-là ?»
Il me mène au capitaine de Kenettin, un homme très droit qui voit chaque détail sur chacun de ses soldats. Je lui donne tous mes renseignements.

Il m’attribue à la suite de la libération du Doubs cette citation « Jeune FFI, suit l’escadron comme volontaire depuis son débarquement, méprise le danger, souriant et chantant, entraîne ses camarades dans les missions les plus périlleuses. A Baume-les-Dames, s’est replié le dernier lors de la contre-attaque ennemie, tout en continuant malgré le feu ennemi, d’observer le mouvement des chars allemands ».

Nous poursuivons avec la campagne des Vosges. Une campagne en hiver dans des conditions difficiles, à cause du froid. On remplissait des sacs de pomme-de-terre avec de la paille et on les accroche aux pieds, le seul moyen de se parer de la température pendant la nuit. A la Bresse, nous avons attaqué pour libérer le pays mais il y a eu une très forte résistance nazie, nous nous renfermons sur les environs. Le jour-même, nous recevons le soutien des goumiers, de très bons soldats reconnus pour leur efficacité. Le lendemain matin, retour au combat, beaucoup plus rapides puisque les nazis fuient la ville. Lorsque nous traversons la ville, sur les murs d’une grange, je vois un jeune garçon de 14, 15 ans cloué à la porte comme Jésus-Christ. Nous n’aurions jamais dû voir ça… Il s’est pris en nous une haine extraordinaire : pendant une semaine, nous n’avons pas fait un seul prisonnier. Les nazis qui arrivent les mains en l’air ont droit à leur rafale de mitraillettes sans calculer. J’en ai été très profondément marqué… Peut-être sont-ils des bons pères de famille ? Peut-être ne partagent-ils pas les convictions et idéaux nazies ? C’est ça la guerre… !

Le passage du Rhin, en janvier 1945 est très difficile. A Spir, les nazis envoient des obus à trois ou quatre mètres de nous. On ne peut pas les voir arriver et il faut avoir une part de chance pour échapper à ces tirs. La campagne en Allemagne se fait sans trop de risques puisque les nazis sont en déroute. Nous passons par le Wurtemberg pour aller jusqu’à la frontière autrichienne. Le jour où l’on apprit la fin de la guerre est vite devenu une explosion de joie, ce 8 mai 1945 ! Je rentre chez moi, à Gonfaron.

J’ai fait plusieurs métiers pour gagner mon pain avant de rentrer au commissariat de marine où j’ai fait toute ma carrière.
J’ai également mené une carrière politique, j’ai été élu dix-huit ans à la mairie de Gonfaron, douze ans au Conseil général et six ans à Brignoles.
Un jour, Max, un de mes camarades, me demande si je peux l’accompagner pour voir les jeunes, pour leur expliquer ce qu’a été la Résistance.
Du jour où j’ai lu dans les yeux de ces jeunes collégiens, lycéens et écoliers l’intérêt, je n’ai jamais arrêté. Ça a apporté beaucoup à la jeunesse car ils voulaient savoir, ils le veulent toujours.

Pierre Seguerre disait une phrase que je ne cesse de répéter aux jeunes « Faîtes attention, ces feux ne se sont pas éteints et tout peut recommencer. Tous les états fascistes sont arrivés aux pouvoirs grâce aux extrêmes, en particulier l’extrême droite. Je dis aux professeurs, conscients et réceptifs
« Vous, vous ne pouvez pas le dire, moi si !»
Chaque fois que j’en ai l’occasion, je le dis et le redis.

Un mot, un idéal, un espoir pour l’avenir : LIBERTE
Il faut faire comprendre aux élèves qu’il est leur plus grande richesse et qu’un jour eux aussi devront se battre pour elle. La liberté absolue de conscience est de savoir analyser ce qui se présente à soi et savoir réagir. Si je leur dis ça, c’est pour que ce que nous avons vécu pendant notre jeunesse n’arrive jamais plus. Je me pose souvent la question de savoir de quelle manière les élèves comprennent mon témoignage, il me suffit de relire les lettres écrites par les élèves pour le savoir. Max n’a cessé de répéter que la Liberté, c’est comme l’air que l’on respire, sans elle nous ne pouvons vivre. Il l’a dit jusqu’à la fin car nous sommes et serons toujours Résistants. Le respect mutuel, c’est un mot qui a une puissance formidable qui permet une plus grande attention entre individus. Cette attention permet une meilleure compréhension. De la compréhension découle l’amour de l’autre.

« Nous ne sommes pas des héros, nous avons fait ce que nous avons pu. Si on est devant vous aujourd’hui, jeunesse de France, c’est parce que l’on vous aime. Si nous nous sommes battus, c’est pour que vous puissiez vivre Libres. »

René

Début mai 2020, René nous a quittés à l’aube de ses 96 ans, le lendemain des 75 ans de la capitulation de l’Allemagne nazie et de la chute d’une monstrueuse idéologie criminelle, raciste, idéologie qu’il a tant combattu, alors qu’il n’avait que 18 ans. Il emporte avec lui les souvenirs d’une jeunesse tourmentée et d’une vie dont un seul mot pourrait en faire le résumé : «Résistance». Je retiens de lui un homme dont le regard porte toujours vers l’avenir et la jeunesse. Continuons à donner à cette jeunesse l’esprit de la Résistance, pour que, comme René l’a tant souhaité, «Plus jamais ça!» ne soit pas qu’une expression dite en litanie. Ami, entends-tu, le vol noir, des corbeaux, sur nos plaines!

NEO Lycéen de 16 ans