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GRANDIR

1939, c’est l’année de ma naissance, le début de mon enfance, de mon adolescence, de ma vie d’adulte et, pour certains encore en vie à 80 ans et plus, c’est le début …d’une très grande vieillesse.

La lecture du petit livre d’Hélène RANCON « Nous les enfants de 1939 » écrit avec Francis TETREAU, lui-même né cette année-là, m’a fait cheminer dans le passé…. Mon propre passé… !

Elle m’a replongé dans les souvenirs de mes premières années d’enfant et d’ado… Toutes sont placées sous le signe des guerres. La seconde guerre mondiale, l’Indochine, l’Algérie… !!!!

Je me suis souvenue que mes idoles comme Claude François, ou Marie Laforêt, de grands acteurs comme Bernard Blier, Claudia Cardinal ou Michèle Mercier, d’humoriste réputé comme Pierre Desproges, de chanteuses danseuses actrices comme Tina Turner et, de quelques autres personnages connus dont Bernard Kouchner, médecin du monde devenu ministre….

Tous étaient, des bébés de 1939….

A cette époque, le bonheur familial qui régnait était plein d’espoir. Il a été stoppé net par la mobilisation de 30 classes d’âge de la population masculine. Nos pères, et pour certains d’entre nous les grands-pères qui avaient déjà fait la première guerre mondiale, sont appelés sous les drapeaux.

Nous les enfants, seront privés de papa jusqu’à la fin de la guerre.

Nous ne vivrons qu’avec des femmes et des personnes âgées, et la crainte constante des Allemands, que nous devons fuir. Ils étaient accusés de barbarie et porteurs de tous les vices, « voleurs » et « bandits » … !!

L’angoisse de ma mère sans nouvelle de papa, puis sa douleur à l’annonce de sa mort lors de la naissance de mon petit frère, sa crainte de ne pas pouvoir nous faire manger, notre vie pleine d’insécurité, les bombardements la peur des Allemands bien présents autour de nous, sont les tristes symboles qui journellement ont taraudé tous mes proches…

La réquisition des maisons et des récoltes a, elle aussi, profondément marqué ma petite enfance jusqu’à mes 6 ans.

Comment me comporter avec ces « Boches » ???? qui avaient tué mon papa… arrêté et déporté les juifs du Veld’Hiv… ?? commis toutes ces horreurs racontées à la veillée ou écoutée en cachette le soir à la TSF.

Alors face à tout cela, pouvais-je retenir mon envie de leur crier « Vive la France Monsieur » alors qu’ils défilent dans les rues de Pontarlier !!!! ou ne pas menacer un officier d’outre Rhin, qui logeait avec son régiment dans notre école-mairie, d’un « quand je serai grande je tuerai tous les sales boches comme toi. Comment se comporter avec ces « sales boches » ??

Pendant toutes ces années d’occupation les fins de semaines étaient pour moi, pleines de bonheur.

Nous allions les passer à la ferme, chez mes grands-parents.

A vélo, maman faisait les 7 kilomètres de distance, moi assise sur une petite selle fixée sur le guidon, mon petit frère dans un fauteuil en métal, posé sur la selle arrière. Nous espérions qu’il ne mettra pas ses pieds dans les rayons, et surtout, que les « STUKAS » ne nous précipiteraient pas dans le fossé, pour éviter leur mitraille.

J’aimais beaucoup aller au « champs les chèvres » avec les deux jeunes filles de la voisine, nourrir les lapins avec Mémé, ou casser des noix avec mon Pépé, exempté parce qu’il boitait, et surtout retrouver mon cher DOUDOU, un adorable petit chien noir et blanc, qui se laissait habiller et promener dans le vieux landau rouillé retrouvé dans la grange. Il m’obéissait très bien et ne s’éloignait pas de moi depuis le jour où il a failli se faire dévorer, croyant pouvoir jouer avec un nouveau copain. Depuis nous étions tous deux terrorisés par ces soldats allemands et leurs chiens loups qui longeaient la frontière au bas du verger.

C’était maintenant la nouvelle Frontière… ! l’Alsace était devenue ALLEMANDE

C’est pendant cette période que Pépé nous a quitté, miné par une maladie qui nous interdisait de le visiter… !! moi j’ai toujours pensé qu’il n’avait pas supporté cette promiscuité avec les ennemis.

Fin 1944 c’est la fuite des Allemands, plus agressifs que jamais. C’est surtout l’arrivée des soldats Français tous très gentils avec les enfants. Ils nous faisaient partager leurs gamelles. Certains parlaient le français, avec un drôle d’accent. Les autres les appelaient « chaouch ». C’est la fin de la Guerre !

 Les restrictions sont toujours là en 1945, et la situation politico-économique reste très instable. Le rationnement s’éternise et, il faut reconstruire la France et c’est le début du BABY-BOUM

A la demande de l’Education Nationale maman décide d’aller enseigner en ALGERIE.

Le pays est peu impacté par le conflit qui se termine en métropole, mon adolescence « là-bas » reste gravée dans ma mémoire. Très rapidement ce sera la guerre d’Indochine …puis en 1954 le maintien de l’ordre devenu Guerre d’Algérie

Anne CHALONS

Officier de la Légion d’Honneur
Présidente FNAPOG