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L’EST REPUBLICAIN

AIRE URBAINE | 75 E ANNIVERSAIRE DE LA LIBÉRATION

Novembre 44 : le « verrou de Belfort » est brisé

La libération du Nord Franche-Comté a été beaucoup plus difficile que prévu. Les Allemands, qui s’étaient repliés sur Giromagny-Belfort-Montbéliard-Héricourt, comptaient bien rester adossés au massif vosgien. Ils ont finalement été pris en tenaille par la 1ère armée française au terme de deux semaines de combats acharnés.

La carte tactique de la bataille de novembre 1944. Les troupes allemandes ont été débordées par Delle puis encerclées lorsque la partie de la 1 ère Armée passée par le Ballon d’Alsace a refermé la boucle à Burnhaupt.  Infographie ER /M. Laurent

Le 15 août 1944, l’armée commandée par le général de Lattre de Tassigny débarque en Provence. La remontée vers le nord, pour rejoindre les troupes arrivées en Normandie en juin, se fait rapidement, puisque de Lattre prend Lyon avec un mois d’avance sur le planning établi. Le général américain Patton, pour sa part, est passé de Normandie en Lorraine mais est arrêté, faute de carburant, dans la Meuse.

Les Allemands battent en retraite. Le général Wiese, sur les ordres de Hitler, se sert de la montagne vosgienne comme d’une défense naturelle pour encaisser le choc de la déferlante alliée qui va reprendre. Les lambeaux de régiments germaniques qui arrivent se reconstituent en nouvelles unités sur cette ligne. Berlin déploie des unités SS. Du matériel, produit par des usines où les déportés sont tués à la tâche, arrive depuis l’autre côté du Rhin pour organiser la nouvelle ligne de front.

Besançon et Clerval libérés début septembre

Celle qu’on nomme désormais la 1ère armée française progresse à toute vitesse, largement aidée par les FFI qui intègrent ses rangs au fur et à mesure de son avancée. Début septembre, elle libère Besançon et Clerval. Les choses prennent un tout autre aspect dans le nord Franche-Comté. Les Allemands sont là, aguerris, regroupés, organisés et prêts à tenir leurs positions avant la grande contre-attaque que leur promet leur Führer. La ligne de défense du général Wiese part de la frontière suisse, à la limite du Pays de Montbéliard et du Territoire de Belfort, pour continuer vers le nord en s’appuyant sur les replis du Salbert et les contreforts des Vosges saônoises.

Bloqués face à Belfort et Montbéliard

Les occupants ont aménagé tous les points dominants en y installant de l’artillerie et des nids de mitrailleuses. Les services du Génie allemand ont miné les ponts, creusé des tranchées antichars, transformé la montagne en un piège mortel. Les habitants du Territoire de Belfort, sous la menace de déportations en Allemagne, ont été réquisitionnés pour des travaux de terrassement destinés à renforcer les défenses allemandes. Belfort, comme toujours depuis des siècles, est la clé de l’Alsace. Le Reich en a fait une place forte, un verrou : il ne faut pas que les troupes alliées puissent s’engager dans la Trouée de Belfort vers Mulhouse, le Rhin et l’Allemagne.

À partir du 18 septembre, après un choc avec une Panzer division, le front se stabilise au sud de Montbéliard et à l’ouest d’Héricourt. Les troupes américaines quittent les lieux et partent pour le nord, laissant l’armée française seule face au nord Franche-Comté occupé. De Gaulle vient sur place se faire une idée de la situation. Il inspecte les positions de la 1ère armée le 22 octobre, puis passe à Maîche en compagnie de Churchill le 13 novembre.

La bataille bascule à Delle

Les Allemands sont persuadés que la 1ère armée est là pour un moment. Le carnet de notes d’un général de la Wehrmacht indique, début novembre : « Les Français organisent le terrain et n’ont pas l’intention d’attaquer ». C’est une erreur. Le 14 novembre, non seulement la 1ère armée passe à l’offensive mais elle se faufile quatre jours plus tard par un étroit corridor, à Delle, à travers les troupes ennemies. Le front allemand est déséquilibré par cette poussée belfortaine des chars de la 1ère division blindée (1re DB).  Les Français sont les premiers à pénétrer en Alsace et à atteindre le Rhin dès le 19 novembre. Le verrou de la Trouée de Belfort est brisé.

La stratégie d’encerclement débutée le 14 novembre par de Lattre de Tassigny se termine deux semaines plus tard, après d’âpres combats, lorsque la nasse se referme sur l’armée allemande à Burnhaupt. Le Territoire de Belfort est alors totalement sous contrôle français. Le dernier village de Franche-Comté à être libéré est Petitefontaine.

1 300 soldats de la 1ère Armée française sont morts en novembre 1944 dans le nord Franche-Comté et en Alsace.

4 500 ont été blessés, 140 portés disparus, 1 691 évacués pour gelures, 2 824 évacués pour maladies.

En face, les Allemands, dont les combattants ont été acharnés, ont eu 10 000 tués.

Philippe PIOT

Cet article a été transmis par Maurice et Régis Durand adhérents du Doubs. Merci à eux.