ORVOEN Louis

10 rue Blaise Cendrars 56000 VANNES

orvoen.louis@gmail.com Adhérent FNAPOG

Vannes, le 14 octobre 2019

 

Madame Anne CHALONS Présidente FNAPOG

2 allée des Raisins

11160 CAUNES MINERVOIS

 

 

Objet :

  • Transmission de mon témoignage sur le site FNAPOG
  • Mon courrier du 28/02/2019 aux Garants du GDN Condition sociale au GDN
  • Lettre du 19 mars 2012 du Sénateur Vallini

 

 

Madame la Présidente,

 

Je suis Pupille de la Nation Orphelin de Guerre 39/45 et adhérent de la FNAPOG. J’ai l’honneur de vous transmettre mon témoignage sur la période de ma minorité 1940-1962.

 

Depuis 2 ans, je suis atteint d’une maladie du Moto Neurone (dégénérescence des neurones moteurs). Ce handicap prononcé a réduit mes capacités. Début 2019, je préparais le texte de mon témoignage pour démontrer et appuyer le fuit préjudiciable que pendant notre minorité de Pupille de la Nation, nous n’avions pas obtenu le soutien indispensable de l’Etat pour compenser la disparition du Père notre soutien naturel.

 

L’ouverture du Grand Débat National a retardé la transmission de mon témoignage. J’ai saisi l’opportunité du GDN pour exprimer aux Garants mon indignation d’avoir été traité comme un paria par le Ministère Public. Pour compléter mon témoignage à la FNAPOG, je vous transmets ma participation au GDN du 28/02/2019. Je n’ai commis aucun délit. « Avoir été adopté par la Nation le 8/04/1948 était une garantie de protection ou au moins de neutralité du Ministère Public.

 

Puisqu’il s’agit d’un contentieux en « Contestation de Paternité », le rôle du Ministère Public est de rechercher l’identité du géniteur. Le jugement du 20/04/2001 reconnait que l’enfant savait depuis 1983 que je ne suis pas son père. C’est donc particulièrement odieux de m’imposer cette paternité.

 

Le 27/09/2019, la FNAPOG par son information hebdomadaire évoque les souffrances familiales qui se répètent de génération en génération. La lecture du récit

 

« La Mémoire, l’histoire, l’oubli » serait éclairant sur les mémoires : la mémoire empêchée serait-elle l’une de ces mémoires enfouies qui dérangent !!! J’ai acquis la conviction que l’autorité judiciaire a étouffé la vérité. Ma mémoire commandée se vérifierait par le contenu de mes écrits au GDN auquel je peux apporter un complément.

 

A ma question, Monsieur le Sénateur VALLINI me répond par courrier du 19 mars 2012 que j’ai la possibilité d’intenter un procès en révision (ci-joint copie de la lettre du   19   mars 2012).  J’aurais réagi en 2012 avec l’appui d’un avocat qui accepte de prendre l’affaire.

 

Le traumatisme au décès de mon Père a ressurgi. Il a été largement amplifié par les injustices que l’on peut percevoir par mes écrits.

 

Votre dévouement à la cause des Pupilles de la Nation Orphelins de guerre est admirable et je vous en suis reconnaissant, il nourrit ma pugnac ité.

 

Je vous prie d’agréer, Madame La Présidente, mes salutations les

Meilleures.

 

Louis ORVOËN

 

 

Texte FNAPOG pour publication Louis ORVOEN – VANNES

Je suis né le 8 mars 1940 à Riec sur Belon (Finistère). Mon Père Louis ORVOEN « Mort pour la France » était originaire de Moëlan sur Mer, commune voisine. Fils de petits paysans et marins pêcheurs, il a débuté son activité professionnelle comme Marin Pêcheur, inscrit maritime au quartier de Concarneau. A 20 ans il fut naturellement incorporé dans la Marine Nationale pour la durée du service militaire. Puis il a poursuivi son engagement sur les navires de la Marine dont un embarquement sur le croiseur Jean de Vienne avec une escale à Halifax. Aux cours de la guerre, sa formation de Second Maître Infirmier l’a affecté à l’Hôpital Chubert de Vannes. A 33 ans, le 4 décembre 1944, Louis ORVOEN, mon Père, a été tué à proximité de son ambulance de St Gilles à Languidic. Le jour même, il a été déclaré « Mort pour la France ».

 

Mon Père laissait derrière lui une veuve et trois orphelins mineurs : j’avais 4 ans ½, mon frère 18 mois et ma sœur 12 jours. J’ai assisté à l’annonce du décès par les personnalités communales, il faisait nuit. Puis les jours suivants, au retour du cercueil. Ces moments ont profondément marqué l’enfant de 4 ans que j’étais. Nous vivions chez nos grands-parents maternels, les souvenirs de cette période tragique de notre histoire sont encore vivaces.  Malgré moi, j’ai été amené à côtoyer la clientèle d’occupation qui fréquentait le bistrot que tenaient mes grands-parents, à une encablure de l’Eglise et de la Mairie. Pour sa mémoire, je cite aussi Yves Berthou, mon Oncle, frère de ma Mère, qui a disparu sur le Cuirassier Bretagne le 3 jtùllet 1940, lors de la tragédie de Mers el Kébir et déclaré « Mort pour la France ». Mon Père et mon Oncle ont été décorés de la Croix de Guerre.

 

Le 8 avril 1948, les Orphelins ORVOEN ont été adoptés par la Nation sur décision du Tribunal de Quimperlé et ont obtenu le statut de Pupille de la Nation.  Peu informés de nos Droits, il aura fallu attendre 3 ans pour que notre identité soit régularisée. Nous n’avons pas eu connaissance des possibilités sociales dont nous disposions assez tôt pour les utiliser au mieux. En 1950, mon Grand Père, ancien de Verdun, est atteint de la tuberculose.  Pour éviter le risque de contagion, les services sociaux ont demandé à la ramille ORVOEN de quitter le domicile des grands parents. Nous avons été relogés dans une pièce sans commodités, un seul robinet d’eau au-dessus de l’évier. Notre grand père est décédé en 1951.

 

J’ai suivi ma scolarité à l’Ecole primaire de Riec sur Belon et j’ai obtenu le Certificat d’Etudes Primaire en juillet 1954 à 14 ans. Cette même année, le 7 mai 1954, j’ai tenté de m’inscrire à l’Ecole des Mousses de la Marine Nationale. A la visite médicale, les médecins de la Marine m’ont déclaré inapte à servir dans la Marine Nationale pour cause de surdité totale de l’oreille gauche. A 14 ans, l’orientation professionnelle posait problème à ma mère. Les services sociaux locaux ne m’ont pas orienté vers une formation adaptée au handicap ou un emploi réservé aux pupilles de la nation. Sans appui local la recherche est restée vaine.

 

J’ai fini par accéder à l’Ecole d’Apprentissage Maritime de Concarneau, scolarité 54/56. A 15 ans, en août 1955, j’ai embarqué pour 10 mois sur les navires de la Transat au Havre. En 1958, en mer sur le Paquebot Antilles, le médecin du bord diagnostique une sténose de la trompe d’Eustache gauche. Le rapport détaillé de maladie du 8/09/1958 confirme que la surdité de l’oreille gauche est 1-éelle. Le 4/10/1958 le médecin des gens de mer de Concarneau a effectué le contrôle réglementaire. C’est aussi la date de naissance de la 5e République.

 

Le 8/04/1960, soit exactement 12 ans après avoir été adopté par la Nation (8/04/1948), j’ai été convoqué par administration Maritime pour le recrutement militaire, j’avais 20 ans.

 

Depuis 1954, l’Administration maritime connaissait ma condition de Pupille de la Nation et !’handicap de la malentendance. La règle en vigueur stipulait qu’un Pupille de la Nation Orphelin de guerre devait être exempté du service militaire et rester en soutien à la veuve et aux cadets. Dans ce but, j’avais fourni à l’Administration le livret de famille et 2 extraits du registre des décès des 16 mars et 22 avril 1960. Ils attestaient que mon Père était bien mort pour la France. Ce 8/04/1960, le Service médical me déclarait apte pour le service militaire. L’Administration maritime, malgré mon opposition décida de mon départ le 15/04/1960 pour le CFM d’Hourtin. En contradiction avec la décision médicale du 7/05/1954, j’ai effectué mon Service National du 15/04/1960 au 6/06/1962 sur les navires de la Marine Nationale. Je conserve la fierté d ‘avoir servi mon pays.

 

Après cette période de ma minorité, j’ai repris la navigation 8 mois en mer et à l’étranger pour 4 mois de congés en moyenne. En 1969, je me suis marié et je n’ai pas perçu la réalité. Il s’agissait d’une fraude pour m’imposer une Paternité dont je me suis aperçu seulement par les comportements de l’enfant à son adolescence. Le 13/07/1973 le jugement de divorce a été prononcé aux torts et griefs exclusifs de la femme. Le 3/07/1985, en vacances, la fille de mon ex-femme nous a quittés sans explications, elle avait 15 ans. Nous ne l’avons plus jamais revue. La possession d’état était rompue. Je me suis remarié en 1981. 2 enfants sont nés de cette union en 1983 et 1987. Dans leurs témoignages, ils disent ne pas connaître la fille de ma première femme.

 

Le 9/12/1986 à l’audience du TGI de Quimper, j’ai dit au Juge que je n’étais pas le père de l’enfant et que je refusais toutes les responsabilités dont le versement de la pension alimentaire. Je n’ai pas été écouté et la pension a augmenté. La mère présente n’a pas réagi, c’était une forme d’aveu.

 

De 1986 à 1995, de multiples procédures se sont succédé. Ces tracasseries m’ont épuisé.  Le 3/5/1990, j’ai dû débarquer et être mis en arrêt maladie. De 1993 à 1995, procédure devant le TASS de Vannes pour déclarer l’inaptitude à la navigation et la retraite anticipée.

 

1999 – 2006 Procédure en Contestation de Paternité. Le Jugement du TGI de Quimper du 20/4/2001 reconnait que l’enfant de mon ex-femme savait depuis 1983 que je n’étais pas son père. L’honnêteté et la logique du TGI aurait été de contraindre la mère de révéler l’identité du géniteur de son enfant à l’audience du 9/12/1986. De 1986 à 1995, le parti pris du TGI de Quimper et de la Cour d’Appel de Rennes était évident.

 

De 1999 à 2006, la Procédure en Contestation de Paternité par les anomalies procédurales démontre qu’il s’agit d’une parodie de justice incontestable.

 

L’expression « Adopter un enfant » donne des responsabilités à 1a personne qui adopte. Adopté par la Nation élargit le périmètre des responsabilités, celui de l’Etat. Pendant notre minorité, nous n’avions pas été informés de nos droits et n’avons pas eu l’appui indispensable pour les faire appliquer. Les inégalités à la racine auront donc trouvé un terrain favorable à leur extension. En ce qui me concerne, il est patent que les inégalités à la racine se seront développées jusqu’à devenir de fortes injustices influant sur mon destin et celui de ma famille.

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