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Source : Le Parisien

Une vingtaine d’orphelins de pères incorporés de force dans l’armée allemande entre 1942 et 1944 et jamais rentrés du front, ont déposé plainte contre l’Allemagne pour crime contre l’humanité.

C’est une page douloureuse de l’histoire alsacienne et mosellane qui se tourne. Fin septembre, la Fondation entente franco-allemande (Fefa) a fermé ses portes à Strasbourg (Bas-Rhin), estimant sa mission achevée.Le 31 mars 1981, après 40 ans de lutte des associations de Malgré-nous pour leur reconnaissance, un accord entre Helmut Schmidt et Valéry Giscard d’Estaing avait permis la création de cette structure pour indemniser ces Français d’Alsace et de Moselle incorporés de force dans l’armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale.

« Entre octobre 1942 et novembre 1944, 100 000 Alsaciens et 30 000 Mosellans de nationalité française ont été incorporés dans l’armée allemande, sous la menace de représailles sur leurs familles s’ils refusaient », explique l’historien Eugène Riedweg. « Ils ont été principalement envoyés sur le front oriental, face aux Russes, où ils ne risquaient pas de déserter. C’est vraiment ce qui a fait basculer l’opinion en Alsace-Moselle contre l’Allemagne. »

«Beaucoup les prenaient pour des salauds»

Cette expérience est longtemps restée une plaie ouverte pour le père de Gérard Krall, rentré des camps russes en novembre 1945, après être passé par un camp de prisonniers anglais où il avait été traité comme un ennemi allemand. « Beaucoup prenaient les Malgré-nous pour des salauds. Mon père en a beaucoup souffert moralement. »

L’Allemagne a doté la Fefa de 250 millions de Deutsche Marks dans les années 1980. En tout, un peu plus de 84 000 Malgré-nous ou leurs ayant-droits ont alors bénéficié d’un petit pécule à titre de dédommagement. « C’est arrivé très tardivement, mais psychologiquement, cette reconnaissance a été importante », se souvient Gérard Krall dont le père est décédé en 2001 à 81 ans.

Les Malgré-elles prises en compte seulement en 2008

Bien plus tard, en 2008, la Fefa a aussi pris en compte le préjudice des Malgré-elles, ces femmes incorporées dans les camps de travail obligatoire. Sur près de 20 000 concernées, 5 000 ont encore pu recevoir une petite indemnisation.

Lors de sa dissolution, la Fefa, qui avait tablé sur 5 800 personnes à indemniser, a remis à la France le montant provisionné pour les 800 femmes non encore indemnisées.

Mais aujourd’hui encore, la douleur persiste pour les enfants de Malgré-nous jamais revenus du front de l’Est. Gérard Michel n’a jamais connu son père parti subitement alors que sa mère était enceinte de lui. Depuis juillet, lui et une vingtaine d’autres orphelins de Malgré-nous ont déposé des plaintes contre l’Allemagne pour crime contre l’humanité.