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                                            Henri FERTET un trop jeune résistant                   

Fils d’instituteurs en poste à Seloncourt (Doubs) il va à l’école primaire dans cette ville, puis poursuivra ses études secondaires au lycée Victor Hugo de Besançon en 1937, son père étant muté à l’école de Velotte. Il se passionne pour l’histoire et l’archéologie.

En l’été 1942, lors des vacances, il intègre un mouvement de résistance à Larnod, près de Besançon, dirigé par Marcel Simon agriculteur d’une vingtaine d’années, secrétaire de la jeunesse agricole chrétienne (JAC). Puis en 1943 le groupe d’une trentaine d’hommes verse dans les FTP, groupe qui portera le nom de Guy MOCQUET en hommage à ce plus jeune fusillé d’Octobre 1941.Son matricule sera Emile-702.

En tant que chef d’équipe il réalise 3 opérations : attaque le 15 Avril 1943 du fort de Montfaucon pour s’emparer d’explosifs et munitions où la sentinelle de garde sera abattue, le 7 mai destruction d’un pylône HT à Château-Farine près de Besançon et le 12 juin avec Marcel Reddet attaque d’un commissaire des douanes allemandes, un nommé Rothe, qui sera blessé mortellement  mais ils ne pourront pas prendre les documents convoités, raison de leur intervention, à cause de l’arrivée d’un motocycliste allemand.

Il est arrêté chez ses parents le 3 juillet 1943 à 3 h 30 ainsi que d’autres résistants. Ils seront internés à la prison de la butte, interrogés par la Feldkommandantür 560 puis torturés. Henri FERTET après 87 jours d’emprisonnement sera fusillé le Dimanche 26 Septembre 1943 à 5 h 40 : il n’a pas encore 17 ans. Il écrira une lettre d’adieu à ses parents le matin de son exécution.

” Chers Parents,
Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous
voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.
Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, ce que j’ai souffert de ne plus vous voir,
de ne plus sentir peser sur moi votre tendre sollicitude que de loin.
Pendant ces 87 jours de cellule, votre amour m’a manqué plus que vos colis, et souvent je vous ai demandé de me pardonner 

 le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait.
Vous ne pouvez vous douter de ce que je vous aime aujourd’hui car, avant, je vous aimais plutôt par
routine, mais maintenant je comprends tout ce que vous avez fait pour moi et je crois être arrivé à l’amour
filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être après la guerre, un camarade vous parlera-t-il de moi, de cet
amour que je lui ai communiqué. J’espère qu’il ne faillira pas à cette mission sacrée.
Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement nos plus proches parents
et amis ; dites-leur ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands parents, mes
oncles, tantes et cousins, Henriette. Donnez une bonne poignée de main chez M. Duvernet ; dites un petit
mot à chacun. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie
Monseigneur du grand honneur qu’il m’a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue
aussi en tombant, mes camarades de lycée. À ce propos, Hennemann me doit un paquet de cigarettes,
Jacquin mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez ” Le Comte de Monte-Cristo ” à Émourgeon, 3
chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice André, de la Maltournée, 40 grammes de tabac que
je lui dois. Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon petit papa, mes collections
à ma chère petite maman, mais qu’elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d’épée gaulois.
Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France
orgueilleuse, première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les
Français soient heureux, voila l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.
Pour moi, ne vous faites pas de soucis. je garde mon courage et ma belle humeur jusqu’au bout, et je
chanterai ” Sambre et Meuse ” parce que c’est toi, ma chère petite maman, qui me l’as apprise.
Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N’admettez pas de
négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur trois enfants, il en reste un. Il doit réussir.
Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée ; mais c’est parce que
j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort ; j’ai la conscience tellement tranquille.
Papa, je t’en supplie, prie. Songe que, si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable
pour moi que celle-là ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons tous les quatre,
bientôt au Ciel.
” Qu’est-ce que cent ans ? “
Maman, rappelle-toi :
” Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs qui, après leur mort, auront des successeurs. “
Adieu, la mort m’appelle. Je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand
même de mourir. Mille baisers. Vive la France.
Un condamné à mort de 16 ans
H. Fertet
Excusez les fautes d’orthographe, pas le temps de relire.
Expéditeur : Henri Fertet. Au ciel, près de Dieu.

 

Quinze autres seront aussi passés par les armes, par groupe de 4. Sept seront déportés et seuls 3 en reviendront.

Inhumés avec 7 autres au cimetière de Saint-Ferjeux, seul un numéro sera inscrit sur leurs tombes régulièrement fleuries malgré l’interdiction allemande.

Il sera exhumé puis incinéré et ses cendres ainsi que celles de son père seront dispersées à Sermoyer (Ain) où son nom figure sur le monument aux morts.

Son frère cadet Pierre très touché par la mort prématurée d’Henri aura pour lui une véritable dévotion.

 

Distinctions : Chevalier de la Légion d’Honneur.

                         Compagnon de la libération 1945.

                          Croix de guerre 39/45.

                          Médaille de la résistance.

                          Croix du combattant volontaire de la résistance.

                          Médaille de la déportation et de l’internement pour faits de résistance.

 

                                                                         l’exécution des camarades