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                  25 Août 1944   LE MASSACRE DE MAILLÉ  (Indre et Loire)
 
Début 1944 les allemands sentent que les événements jouent en leur défaveur et deviennent nerveux. La population locale s’engage en partie dans les maquis pour, par quelques actions, retarder l’armée allemande qui remonte par la nationale 10 ou voie ferrée en Normandie, renforcer les défenses côtières. La N 10 verra passée des milliers de soldats dans la 2 éme quinzaine d’Août.
Le 8 Août un camion allemand est incendié à Sainte Maure de Touraine.
Le 11 Août un avion allié est abattu, son pilote John MINARD est récupéré et caché chez des fermiers avant de rejoindre le maquis.
Le 12 une embuscade est tendue aux allemands qui perdent 3 hommes.
La ligne de chemin de fer Paris-Bordeaux   passe près de Maillé, elle est vitale pour les allemands. Les habitants de Maillé ont la charge de surveiller les voies pour éviter de possibles dégâts. Elle est pourtant sabotée 3 fois, les 14 et 15 Août.
Le 21 Août un parachutage d’armes est intercepté par les allemands qui fouillent aussitôt le village de DRACHÉ au cas où d’autres armes seraient cachées, mais sans résultat.
Le 22 Août les maquisards1 arrêtent le trafic SNCF à Port de Piles, des allemands sont pris à partie et mitraillés dans une ferme près de Celle Saint-Avant.
Le 24 Août se produit un accrochage avec les FFI. Devant cette recrudescence d’actes de résistants  le Sous-Lieutenant Gustav SCHÜLTER avertit son supérieur le Lieutenant-Colonel STENGER commandant la feldgendarmerie de Tours qui, semble-t-il, lui donnera l’ordre des représailles.
Le 25 Août au matin (c’est en même temps la libération de Paris) des avions alliés bombardent un convoi destiné à la Lutwaffe. Les allemands bloquent alors l’accès à MAILLÉ au sud-ouest. Plus de 60 soldats commencent le massacre, ils abattent tout ce qui bouge, tout ce qu’ils rencontrent : hommes, femmes, enfants et même les animaux. Ils rentrent dans le village, continuent leur basse besogne, maison par maison, pièce par pièce et mettent le feu aux bâtiments.
Il est midi lorsque les « soldats-assassins » abandonnent MAILLÉ. Puis, vers 14 heures, un canon de « 88 » pendant 2 heures tire 80 obus sur le village : 52 maisons sur 60 sont détruites.
124 victimes seront dénombrées, tuées soit par arme à feu, par baïonnette ou incendie : 37 hommes, 39 femmes, 22 enfants de moins de 15 ans, 26 autres de moins de 5 ans. L’âge des morts s’étale de 3 mois à 89 ans.
Les allemands laissent, afficher sur une porte, ce message « c’est la punission des terrorists et leurs assistents » qui sera la preuve que leur vengeance a été programmée, réfléchie. Propos rapporté par le Docteur BARBOT que les allemands étaient venus chercher vers minuit pour soigner un des leurs blessé. Le ramenant ensuite chez lui, un officier SS lui a dit « demain Maillé sera rasé »
Le 27 août le préfet d’Indre et Loire Ferdinand MUSSO rencontre le Lieutenant- Colonel STENGER qui reconnaît avoir donné l’ordre d’engager des représailles mais ajoutant que les exécutants seraient allés au-delà de ses directives.
Albert STENGER 50 ans, a connu la débâcle allemande en Russie et a été envoyé à TOURS en Juin 1944. Il est condamné à mort par contumace en 1952 par le tribunal militaire de Bordeaux, pourtant il décédera, paraît-il, chez lui en 1965 sans n’avoir jamais été inquiété.
Le 9 octobre 2008 le procureur allemand Ulrich MAASS, spécialiste de la traque des nazis, pense que ces crimes ont été perpétrés par des SS du 17 éme bataillon de réserve Von Berlichingen basé à Châtellerault, d’après une enquête commencée en 2004. Après maintes recherches dans les archives de la gestapo à Tours puis dans celles de Fontainebleau 3 ou 4 noms apparaissent dont 2 sont décédés en 1952 et 1965, les autres seront introuvables.
Un monument sera érigé dans le cimetière en 1984. Le Président SARKOZY se rendra dans la commune le 25 Août 2008 pour mettre fin à cet oubli et inaugurer le musée construit pour la circonstance.
MAILLÉ sera reconstruite à l’identique, contrairement à Oradour sur Glane.
Les habitants concernés n’osaient pas parler de cette épouvantable période et ce n’est que tardivement, vers 1994, que les témoignages se libèrent. Les gendarmes enquêtent depuis 2005, ils ont interrogé une soixantaine de personnes environ.
Douze années de recherche : ni coupables avérés, ni preuves l’affaire sera classée sans suite.
Mais, un des 28 orphelins, Serge MARTIN2 10 ans à l’époque ayant perdu ses 2 sœurs ses 2 frères, sa mère de façon atroce a échappé à cette tuerie car il était en vacances, à quelques kilomètres, chez ses grands-parents, espère pouvoir ouvrir une nouvelle enquête.
 
 
Notes :   1°) Georges JEUDY du maquis de Paulmy se sent responsable du massacre par une lettre
                       adressée au maire en 1994.                             
               2°) Serge MARTIN est le fondateur de la maison du souvenir de MAILLÉ.
 
NDA : a) des récits, des chiffres non confirmés dus en partie au fait que les mémoires ne se sont libérées que tardivement rendent cette synthèse ci-dessus quelque peu imprécise mais réelle sur l’ existence de ce fait historique oublié.
           b) un ouvrage référence : « Maillé Martyr » de l’abbé André PAYON, témoin et ayant recueilli des témoignages de rescapés.

                                                 le village de Maillé après le passage de la horde allemande

                                                            message laissé par les allemands

                                   le mémorial de Maillé au cimetière

 

                             plaque commémorative de la commune de Maillé