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                                                  Le Maquis de Saint Lys ( origine et finalité)

Pierre DEGOIN résistant MUR1 arrêté par la milice le 1er juillet 1943 s’évade de la Prison de Montpellier et rejoint François VERDIER chef de la résistance régionale de Toulouse. Le 13 décembre 1943, arrêté par la Gestapo son corps est retrouvé dans la forêt de Bouconne. DEGOIN prendra « Bouconne » comme nom de résistant et fera partie du directoire, sera président et organisera la résistance dans 10 départements du Sud-Ouest.

Avant la libération de Toulouse il rejoint le maquis de Saint Lys le 8 juin, deux jours après le débarquement, à la ferme de Gagen. L’appel du 6 juin des forces françaises combattantes donne l’ordre de saboter les voies de communication et de rejoindre le maquis. De nombreux résistants de la région toulousaine le font, 150 à 160 hommes environ pour préparer la libération de Toulouse.

Le maquis est attaqué par surprise le 12 juin 1944. P. DEGOIN blessé au bras attend la nuit, caché dans un fossé.

Le débarquement allié en Normandie venant d’avoir lieu le moment est venu pour la résistance de multiplier les opérations.

En accord avec le colonel RAVANEL2, chef régional des MUR, Jean CHAUBET, instituteur révoqué par Vichy,  Eugène VIGUIER, chefs de groupe et Camille VIÉ responsable du comité départemental de la résistance donnent l’ordre de départ pour rejoindre le maquis de Saint Lys au château de Gagen situé sur la commune de Bonrepos sur Aussonnelle. Ils y établissent un centre d’organisation et de ralliement. Près de 160 hommes rejoignent Saint Lys, qui à vélo, qui en train. Le signe de reconnaissance est « zouave », celui de ralliement « maréchal nous voilà »

Depuis 1943 avait été mis en place un recrutement. On escomptait 600 hommes originaire de Toulouse ainsi que quelques réfugiés politiques espagnols. Mission prévue : sabotages et protection lors des parachutages.

Depuis 1942 le propriétaire Marcel GRISOUL avait mis son château à la disposition des résistants. Château servant aussi de base pour des groupes francs comme « Morhange » qui luttait contre la gestapo et la milice.

Jean Chauvet chef du maquis y installe son PC avec Degoin, Camille Vié, A.Cavagnol, E.Viguier, A.Bousquairol étudiant en médecine et Lévèque chef du maquis militaire. Le rez de chaussée du château est aménagé en cuisine, magasin de vivres et munitions, infirmerie puis à l’étage sont les dortoirs répartis aussi dans les dépendances. En bordure de bois est montée une cuisine roulante. Beaucoup de matériel est entreposé au château. Le maquis dispose de très peu d’armement : une dizaine ou douzaine de « Sten » et quelques révolvers récupérés après un parachutage d’essai près de la ferme de Tourneris.

Le 11 juin à Saint Lys le maquis organise une opération de ravitaillement protégée par quelques maquisards. Une voiture allemande inattendue survient, le maquisard de faction devant l’église ouvre le feu. Un officier allemand s’échappe et ira donner l’alerte. Suite à cet incident le maquis décide de quitter Gagen pour aller vers le Candelé très proche, solution déjà envisagée comme base de repli. Trente hommes y partent.

Pendant ce temps le 3 éme bataillon du régiment DEUTSCHLAND des SS Das Reich venant de Bagnères de Bigorre via l’Isle JourdaIn se dirige vers ses cantonnements prévus à Venerque. En tête de la colonne roule le capitaine Hoffmann de la 11 éme compagnie suivi par des auto mitrailleuses et plus de 50 camions remplis de soldats.

Vers 19 heures arrivant près du carrefour de Gagen, ils aperçoivent devant le château une voiture du maquis et 2 hommes. Ils s’arrêtent, leurs troupes descendent des camions et s’installent dans la ferme du Riscle et de là attaquent les maquisards surpris et non préparés à cette attaque.

Certains s’échappent dans les bois proches, couverts par d’autres maquisards. Les allemands ont le dessus, leurs fusils mitrailleurs vont faire des ravages. A 20 h les tirs cessent et une forte explosion retentit, les allemands ont fait sauter, après pillage, le château. Vers 23 h ils repartent vers Venerque distant de 40 kilomètres.

Quelques heures après ces combats un parachutage d’armes a lieu sans problème sur le terrain d’Empeaux (à quelques km), le maquis ayant été averti la veille par un message « le poêle est un moteur » de radio Londres.Au final ce seront 9 maquisards tués (A. BOUSQUAIROL en s’échappant vers le bois, A. AUTOFAGE, L. LAFFORGUE, A. CAVAGNOL tombent près du château. Les allemands encerclent les bois, abattent E. LOZES3, J. VIE, J. MICOUD et J. CHAUBET auxquels s’ajoutent 12 civils proches du château victimes du déchainement de la violence allemande. Les allemands compteront une douzaine de morts. A la ferme LECHARPE toute la famille est massacrée et sur le parcours des troupes allemandes d’autres civils périront, victimes d’actes de barbarie.

Le 15 juin après-midi 6 maquisards furent inhumés au cimetière de Bonrepos et 3 autres le lendemain.

Le 6 octobre les 9 combattants furent transportés à Toulouse en la Cathédrale Saint Etienne pour les obsèques officielles. Pierre DEGOIN leur rendra hommage lors de son discours.

L’amicale du Maquis de Saint Lys4 fut créée après la libération et le dimanche 9 décembre 1945 eut lieu l’inauguration du monument de Bonrepos dédié à ce maquis en mémoire des 9 maquisards et 12 civils5 tués. Des stèles disséminées dans les bois indiquent les lieux où sont tombés les résistants.

 Tous les ans une commémoration a lieu à ce monument de Bonrepos sur Aussonnelle6 afin d’honorer ceux qui se sont investis, comme J. CHAUBET, grâce à leur pugnacité dans ces combats pour la liberté.

 

Notes :

 1°) MUR : Mouvements Unis de la Résistance créée le 26 janvier 1943 sous l’impulsion de Jean Moulin. Et rassemblant 3 groupements opérant en zone Sud.

2°) RAVANEL : pseudonyme de Serge ASHER, est chef national des groupes francs en 1943.Coordonnera les combats de la région de Toulouse et participera à sa libération le 19 Août 1944.

3°) Edouard LOZES : un des 9 maquisards tués, mais dont le fils Henri est un de nos adhérents à la FNAPOG

4°) Amicale du maquis de Saint Lys : sa présidente fut longtemps Raymonde LAMOUILLE née VIÉ ancienne résistante, décédée récemment le 20 Février 2019 à l’âge de 93 ans.

5°) Civils abattus : Zanghieri Gino, Lezat Pierre, Mr et Mme Marty, Mme Della Nora, Mr et Mme Lecharpe et leurs 2 fils, Zago René, Lartigue Pierre et Mme Biamouret.

6°) Résidence de l’auteur de cet article.