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Les enfants de l’école de Wailly en 1920, avec leur institutrice Mademoiselle Verdaveine. L’école avait été dévastée par les combats. 
© Photo NR

En 1919, la solidarité se met en place avec les régions dévastées : les écoles de Montmorillon deviennent marraines d’une école du Pas-de-Calais.

Après la Première Guerre Mondiale, les régions ayant été le théâtre des affrontements sont complètement dévastées et une intense phase de reconstruction débute. Geneviève Coulon crée alors le comité « l’’école pour l’école », œuvre d’entraide scolaire pour les enfants des régions libérées.

« Cette œuvre, écrit-elle en octobre 1919, a pour but de faire adopter les écoles dévastées dont la détresse est affreuse par des écoles de l’arrière qui n’ont pas souffert des douleurs de l’invasion ; nous voudrions que chaque école dévastée eût une école marraine qui lui enverrait les fournitures scolaires […] et qui donnerait aussi un réconfort moral à ces malheureux éprouvés qui se croient un peu abandonnés. »
“ Nos écoles sont détruites, nous n’avons rien retrouvé dans les ruines ”Geneviève Coulon, fille d’Eugène Pelletan, sénateur et ministre, avait épousé en 1880 Georges Coulon, vice-président du Conseil d’État, et avait elle-même perdu deux fils à la guerre.

Son appel fut entendu à Montmorillon par l’instituteur Alexis Chartier, directeur de l’école primaire supérieure, qui avait lui-même perdu dans les combats un de ses fils (*).

Le choix fut fait de parrainer l’école de Wailly-lès-Arras, petit village du Pas de Calais qui avait été le théâtre d’une grande offensive française le 25 septembre 1915 au cours de laquelle trois Montmorillonnais étaient tombés (lire ci-dessous).

Le village, situé sur la ligne de front, avait été détruit à la suite de sévères bombardements subis tout au long de la guerre et avait même du être évacué à deux reprises. L’instituteur de Wailly, Émile Tillier, également secrétaire de mairie, témoigne à son collègue de Montmorillon dans une lettre du 24 décembre 1919 : « Nos écoles sont incendiées ou détruites : nous n’avons rien retrouvé dans les ruines […] Ni bancs ni tables, ni cahiers, ni encre, ni livres ».

En réponse à cette lettre, l’instituteur de Montmorillon écrit le 29 avril 1920 : « Les renseignements que vous nous avez donnés dans votre lettre [du 24 décembre] nous ont beaucoup émus et intéressés. Nous souhaitons vivement que votre situation se soit avantageusement modifiée. Nous regrettons de ne pouvoir vous faire de plus fréquents envois ; nous avons nos orphelins de la guerre à soutenir. […] Nos jeunes élèves embrassent leurs filleuls des écoles de Wailly-lez-Arras. »

Secondé par Mademoiselle Brouard, directrice de l’école primaire de filles de la ville basse, Alexis Chartier réussit à réunir de l’argent auprès des élèves au moins à quatre reprises entre 1919 et 1921 si l’on en juge par les documents toujours actuellement conservés à la mairie de Wailly et qui ont été retrouvés en 2016. Un bel exemple de solidarité qui se met en place en France à la fin de la guerre, qui fait suite à l’action des « marraines de guerre » qui avaient tenté de soutenir le moral des poilus tout au long du conflit.
(*) Ernest Chartier, sous-lieutenant au 149e RI, tombé le 30 mai 1915 à l’âge de 22 ans à Noulette (Pas de Calais).

Source la Nouvelle République.fr