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Mise à jour  : 21/03/2018 – Auteur : EV2 Thomas Casaux – Direction : DICoD
Fin mars, les Allemands lancent l’opération Michael, signant le retour à une guerre de mouvement. Ils transpercent les lignes de défense britanniques afin de couper les liaisons. Pour éviter une défaite, les Alliés nomment un commandant en chef pour le front Ouest, le général Foch.
Dans la nuit du 21 mars, 6 200 canons allemands pilonnent un front de 70 kilomètres entre Arras et Saint-Quentin. Cette pluie « de frelons d’acier », pour reprendre l’expression de Maurice Genevoix dans Ceux de 14, est entendue jusqu’à Paris. C’est le début de l’opération Michael.

En attaquant ce secteur mal défendu à la jointure entre les forces françaises et britanniques, le général en chef des armées allemandes Erich Ludendorff veut couper les liaisons entre les deux armées pour ensuite se diriger vers le nord-ouest. L’objectif ultime est de rejeter les Britanniques à la mer. De nombreux renseignements annonçaient un assaut entre la Scarpe et l’Oise. Pourtant le maréchal Haig, commandant en chef de l’armée britannique en France, néglige les préparatifs défensifs de cette zone où il a dû relever les Français contre sa volonté. Il préfère concentrer ses efforts et ses troupes dans les Flandres pour préparer sa nouvelle offensive.
Au bord du gouffre
Les IIIe et Ve armées anglaises, qui subissent de plein fouet cette attaque, payent cher le manque de clairvoyance de leur chef. Pas moins de 57 divisions allemandes se lancent à l’assaut de positions tenues par 25 divisions britanniques. Les soldats de sa majesté sont submergés et doivent rapidement battre en retraite. Grâce à une tactique efficace et rodée, les troupes allemandes s’enfoncent dans les brèches ouvertes par leurs groupes d’assaut mobiles. Les lignes de défense, insuffisantes en nombre, sont transpercées les unes après les autres. Cette offensive marque le retour de la guerre de mouvement après plus de trois ans de lutte dans la boue des tranchées. Le maréchal Haig, qui rechigne à ­dégarnir le front des Flandres pour renforcer le secteur attaqué, appelle le général Philippe Pétain à l’aide et demande l’emploi des troupes de réserve. L’arrivée en catastrophe des renforts français n’arrête pas la progression allemande qui paraît implacable. Les troupes de ­Ludendorff ont progressé de 20 kilomètres en trois jours, du jamais-vu depuis 1914. Elles s’emparent de Péronne, Bapaume ou encore Noyon. À Londres c’est l’incompréhension tandis qu’à Paris le gouvernement fait discrètement ­préparer un éventuel déménagement des institutions vers Bordeaux. Douglas Haig amorce un mouvement de repli vers le nord pour protéger les ports de la Manche, stratégiquement vitaux pour les Anglais. De leur côté, les Français étirent leurs lignes pour maintenir la jonction avec les tommies et éviter une rupture du front. Le général Pétain, qui veut maintenir les liaisons, refuse néanmoins de trop dégarnir le secteur voisin, la Champagne, craignant une autre offensive qui pourrait menacer Paris. Faut-il abandonner la liaison avec les Britanniques pour protéger la capitale si Haig poursuit son repli ? La question se pose. La rupture est proche. Plutôt que de les désolidariser, comme l’espère Erich Ludendorff, cette offensive va pousser les Alliés à s’entendre sur un sujet épineux : le commandement unique.
 
L’union plutôt que la défaite
Les chancelleries et les états-majors alliés multiplient les réunions pour s’accorder sur un commandement unique et éviter que les intérêts nationaux de chacun ne conduisent à la défaite. Le 26 mars, les dirigeants politiques et militaires franco-anglais se réunissent en catastrophe à Doullens, dans la Somme. Ils nomment le général Foch commandant en chef du front de l’Ouest. Paré du titre de généralissime, il est chargé de coordonner l’action des armées alliées sur ce front. Celui-ci préconise de concentrer toutes les forces possibles, réserves comprises, dans la Somme pour ensuite contre-attaquer le moment venu. Sa fougue a été préférée à la prudence de Pétain, également en lice avec Haig. « Essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! », s’exclamera Clemenceau dans sa verve habituelle. Si les Allemands s’emparent de Montdidier le 27 mars, le général Foch prend ses nouvelles fonctions alors que l’offensive montre des signes d’essoufflement. Fonctions dont les prérogatives évolueront progressivement pour devenir un véritable commandement interallié.
L’offensive michael stoppée
Les mesures prises en urgence les jours précédents portent leur fruit. Le 29, les Allemands sont stoppés à 20 kilomètres d’Amiens. Les attaques menées les jours suivants sont repoussées alors que le front de l’offensive est réduit. L’offensive Michael est définitivement stoppée le 5 avril. Le plan de Ludendorff est une réussite tactique mais un échec stratégique. Si les Allemands ont progressé de 50 kilomètres, les liaisons entre les Français et les Anglais ont été maintenues et Amiens n’est pas tombé. Les pertes sont lourdes et beaucoup de moyens ont été consommés alors que l’approvisionnement allemand peine à suivre. Chez les Alliés, au contraire, il tourne à plein régime. La guerre du ravitaillement est d’une importance capitale dans la course à la victoire. Ludendorff en a conscience. Les capacités opérationnelles de son armée diminuent de jour en jour. Alors que ses hommes commencent à douter des chances d’arracher la victoire, le général en chef allemand lance une seconde offensive. Baptisée Georgette, elle frappera de nouveau les Britanniques. Dans les Flandres cette fois.

L’ESSENTIEL

  • 21 mars : début de l’offensive Michael
  • 26 mars : le général Foch est nommé commandant en chef du front de l’Ouest
  • 5 avril : l’offensive Michael est stoppée. Succès tactique mais échec stratégique

Bibliographie :Jean-Yves Le Naour, 1918 L’étrange victoire, Perrin, 2016

Sources : Ministère des Armées