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1914 tiré du Journal de l’adjudant chef BONY Charles

Hommage pour le centenaire

Charles Bony adjudant chef est le grand père de Danielle CHALONS épouse de Marcel vice président de la Délégation Régionale ANPNOGD de Bourgogne-Franche-Comté. L’épouse de cet adhérent, a bien voulu nous confier le carnet, rédigé au jour le jour, par son grand père, entre le 1er Aout 1914 date de la mobilisation générale et le 3 février 1915.

Le dimanche 2 aout 1914 l’adjudant Chef Charles BONY «je rejoins le 58ème territorial qui se forme à Dijon, je suis chargé d’habiller les hommes au fur et à mesure de leur arrivée».

Le 4 aout à 21 heures 30 il quitte avec son régiment sa bonne ville de Dijon pour les environs d’Epinal.

«l’embarquement a lieu à 4 heures du matin arrivée à 1 h 20 de l’après midi le lendemain- Débarquement»

Ses premiers jours au cantonnement, sont consacrés à l’installation de la compagnie.

Le 5 aout et les suivants : il est chargé d’organiser et de surveiller les corvées et le déboisement. «on entend un aéroplane et des coups de feu. Tout le monde se terre à la lisière du bois»….«les canonnades font rage, toutes les troupes sont concentrées à la frontière d’ou reviennent des trains de blessés. Il trouve le temps long et dit regretter l’absence de courrier de sa famille.

Le 23 aout 1914, il relate en détail, l’épouvantable déraillement d’un train de soldats, sur la ligne Epinal, Belfort. Sa compagnie a été chargée de dégager les wagons enchevêtrés. Ont été retiré 86 morts et de très nombreux blessés.

«des soldats qui venaient de combattre contre les allemands du côté de Mulhouse, victimes d’un accident de chemin de fer alors que les balles prussiennes les avaient épargnés, viennent mourir si tristement pour leur patrie. C’est affreux, on croit faire un affreux cauchemar» écrit-il.

Du 2 septembre au 21 Octobre 1914 le moral est au plus bas du fait de l’absence de courrier

«Je suis triste, le temps me dure, je pense à Dijon, à mes chers êtres que j’ai laissés là bas, je voudrais être auprès d’eux. D’ailleurs le temps est aussi triste que moi.

D’Octobre à mi décembre «rien à signaler vie de caserne. Nous apprenons que le bataillon va quitter les cantonnements pour aller de l’avant . Il doit être prêt pour le 30 décembre.

Le 30 décembre C’est le départ pour les Vosges «la traversée des villages est impressionnante car toutes les maisons à l’exception de quatre ou cinq ont été détruites par les marmites. Dans les jardins ou les prés environnants, les villages ce n’est que trous de marmites. Il faut voir ces trous… Ces trous dont la circonférence est parfaite ont un diamètre de 2m sur 2m. C’est bien triste et certes c’est le cœur serré que l’on regarde ces ruines. Dans ces villages s’est livré un terrible combat….j’aurais voulu avoir un instant pour aller visiter ce champ de bataille. Le bataillon y est allé et les camarades m’ont dit que c’était affreux. Des tombes, des croix,

des débris de toute sorte enfin les suites d’un combat dans toutes ses horreurs.

Le 1er janvier 1915 . «Comme d’habitude le matin à 6h30 je me rends auprès du Commandant pour lui faire signer les pièces. Ceci fait, le commandant se met à me parler de ma famille, mes moyens d’assistance, comment ma femme faisait pour faire vivre tout mon monde etc…. Lorsqu’il me pria d’accepter une enveloppe pour ma famille sans en connaître le contenu, je le remerciai de tout mon cœur, car je me doutais que c’était une offrande en argent que je serais heureux de transmettre à ma femme bien aimée. Cette enveloppe, à mon retour dans mon bureau, je l’ouvre, elle contenait 100 fr. J’avoue que j’étais confondu………

Le 19 janvier il écrit : «  ordre est arrivé d’aller relever aux avant postes le 3eme bataillon qui occupe les villages de Brouille, Haudinville, Vacqueville. La veille il a plu continuellement et cependant quand nous partons il a gelé. La route est mauvaise, les flaques d’eau transformées en glace sont très gênantes et même dangereuses pour la marche après la première pose, la neige commence à tomber fort, cachant les plaques d’eau gelées et rendant la marche difficile et fatigante.

En approchant du village de Roville aux chênes, nous voyons le commencement des champs de bataille. Partout dans les champs, des tranchées, des gerbes d’avoine, des champs d’avoine non fauchée et par ci par là les tombes des soldats tués. En arrivant au village nous voyons un quartier entier de maisons effondrées, complètement détruites par les obus……..

Le 20 janvier 1915 «Nous quittons Fontenoy le Château……nous arrivons dans un village où je vais cantonner. J’ai un lit ou un Boche a couché, mais que ce soit un Boche ou un français, si mauvais soit-il c’est toujours bon à prendre en cette saison….. »

Le 3 Février 1915 : .Nous avons eu la visite d’un biplan, «Boche». Il n’a rien lancé. De temps à autre une batterie qui est au sud tire quelques coups de canon. Toutes les nuits nous avons des fractions qui vont en reconnaissance et peu ont vu des «BOCHES». Quelques patrouilles les ont vu de très loin faire des tranchées.

Le 3 février on a entendu le canon qui a tiré d’assez nombreux coups …….»

Fin du cahier clos à mi page

Document qui a été remis à Madame Bony

et retrouvé par sa petite fille Madame Danielle CHALONS

Photos :

– Les 7 enfants de l’adjudant chef 5 garçons et 2 filles. 

– Au fond de la cour Madame et l’adjudant Bony